10 août 2011

QUEBEC 2011 / rapport / jour 05 / METABETCHOUAN

JOSE & THE WASTEMEN en vadrouille au Québec / Juillet 2011.
Mercredi 20 juillet (jour #05)
Le vrai grand jour, celui du premier concert, ce soir, au « O’SOLEIL » à Metabetchouan. Après un joyeux petit-déjeuner nous commençons à gratouiller dans le salon, sous l’œil aiguisé de Thérèse, Vincent restant discrètement vers la cuisine mais n’en perdant pas une miette pour autant. La petite répétition acoustique se transforme un peu en concert privé. Je sais de source sûre (Rémi) que Thérèse a fort apprécié notre « Seven Cevennes Cicadas ». Et ça fait plaisir de lui faire plaisir.
Au détour d’une conversation après le café qui s’en suit, j’apprends que Thérèse a publié son autobiographie, "Du rang deux", et je m’empresse donc de m’en procurer un exemplaire. Je trouve ça culotté, en plus de m’imaginer en apprendre des vertes et des pas mûres sur Rémi, ce qui ne gâche rien.
J’attaque goulûment ma lecture pendant que Dimitri packe ses affaires. Le pauvre se cogne un énorme sac à dos vu que son périple va être beaucoup plus long qu le mien: il enchaîne par Chicago-Detroit-Philadelphie-NYC alors que je serai rentré en France.
Nous filons l’après midi chez Mark & Kim, des amis de Rémi chez qui nous allons non seulement être hébergés mais aussi répéter « en vrai » et emprunter du matériel. Rien que ça.
kim and mark
Car comme vous vous en doutez, Dimitri n’a pas pu mettre sa batterie dans son sac à dos, aussi énorme soit-il.
Nous avons à peine passé le pas de la porte que Kim & Mark nous accueillent comme des rois. Je me sens un peu gêné. Leur maison est superbe, et on s’y sent instantanément bien. Il y a des chats, c’est toujours bon signe. Mark doit partir travailler et il ne pourra pas nous voir ce soir. Après avoir posé nos affaires dans la chambre d’ami nous préparons le matériel pour aller faire notre balance-répétition au « O’SOLEIL », à 20 mn d’ici. La salle de répétition au sous-sol est tout bonnement hallucinante. Chaque guitare est une perle, chaque ampli une tuerie. Dans le désordre et pas du tout exhaustif on aperçoit une gibby Gold Top de 89, une Strat’ de 63, une ES335, une gibby J145, une Supro de 61, un Super Lead, un Princeton reverb’ … En plus, il y a un flipper « Golden Arrow » de 1977 au milieu.
guitars
pinball
amps
Je choisis une Gibson J185 True Vintage. Rémi taxe le dobro du grand-père de Mark (1927 sauf erreur…) et taxe un Fender Pro Reverb de 64 pour y brancher sa nouvelle Gretsch. Déjà, ça met en confiance. Direction « O’SOLEIL ».
Au bord de la route près d’une marina, le lieu s’annonce chouette même de loin. En plus la police de caractère utilisée pour « O’SOLEIL » est la même que celle de JOSE & THE WASTEMEN. Je ne manque pas de le faire remarquer tout de suite aux autres et en déduis que c’est un signe du destin, tant qu’à faire, c’est le même prix.
L’intérieur est typique : tout en bois et rondins. Plus carte postale, tu meurs. Mais la bonne carte postale, on sent que ce lieu vit pour de bon. La scène est grande juste ce qu’il faut, bien orientée, bref on le sent bien et tout le monde a le sourire, et la bière XXL. On est très bien reçu par les serveuses et l’ingé-son. Les balances se passent vite et bien, même si le vieux dobro est une tannée à sonoriser, comme tous les dobros du monde. Je tombe instantanément amoureux de la Gibson que Mark m’a prêtée. Hyper agréable. On fignole quelques trucs dans la formule « à-trois-sans-Mathias » qui est resté « faire des Big Mac pour la France » (je re-cite). On prepare une setlist touffue : ce soir nous sommes seuls à jouer et il va falloir tenir la distance un peu plus que nos 50 mn “syndicales”. Gratuit ou pas, ici on vient aussi faire la fête quand on vient à un concert et personne n’a envie de décevoir personne. Accessoirement, on a les patates au fond du filet.
On file manger chez Mark et on revient pour le concert. Les gens sont plutôt en trian de finir leur repas ou en train de siroter une bière sur la belle terrasse, pépère. Va falloir les chercher, il ne sont pas du tout venu nous voir. Le contraire serait étonnant, et il va falloir s’y préparer pour chacun de nos concerts.
10h00, va falloir attaquer. Go.
wastemen
J’ai spécialement la pression mais j’essaye de pas le montrer à mes comparses qui de toutes façons doivent s’en douter, je suis assez transparent pour ça en général.
On commence avec « High », ce qui est pas le plus facile. Mais on doit commencer accordés en mi, car on jongle avec les accordages dans un ordre savant pour pas péter de cordes en route. Celle ci se prete bien à une intro où faut quand même accrocher un peu.Fin du morceau, j’ai rien vu passer, j’ai senti aucune galère, mes coups d’œil à Rem’ & Dimitri me font dire que tout orule pour eux. Si tu cogites à la fin du premier morceau, il y a 99% que tu passes et fasses un concert pénible pour tout le monde: toi, le groupe, le public. Mais non là ça a déroulé comme si le morceau avait duré 2 secondes. On se présente, Rem’ me file un bon coup de main pour parler plus … québecois. Challenge : « Just Be », une nouvelle chanson qu’on avait juste présenté à Lyon pour un concert oubliable à souhait arrive en second pour calmer le jeu et faire plus mélodique.
wastemen
Ben pareil, ça passe tout seul. Et plus ça va plus j’aime cette chanson, je crois que c’est pareil pour Rem’ et Dim’. D’ailleurs elle fonctionnera très bien à chaque concert, à tel point qu’elle les ouvrira tous.
Une heure et quarante minutes plus tard (si-si !) on a joué à peu près tout ce qu’on pouvait. Ont été éclipsées : « Meet me at the Graveyard » qui passe pas du tout en acoustique, en tous cas on n’a pas trouvé la bonne formule encore, et « Girls » à mon grand regret. On a même droit à un vrai rappel pas prévu pour lequel on déballe un « Dog Eat Dog » qui permet à Rem’ de s’époumoner à qui mieux mieux, et à moi de me prendre pour Malcolm Young. Ce qui est largement aussi dur que de se prendre pour Angus Young. Et on finit en refaisant « Go Fuck Yourself ». Celle-là aussi a bien marché à tous les coups, et les gens chantent et scandent tant qu’ils peuvent à chaque début de couplet.
wastemen
On passe le chapeau, qui se remplit très bien, et on vend une bonne quinzaine de disques, super score pour les peut-être 50/60 personnes qui sont là. On papote avec tout le monde, on se détend en buvant quelques verres. Kim est arrivée en cours de show et a pris des photos qui s’annoncent cools. On me réclame des vinyles, je rêve. J’aurais dû en envoyer par la poste chez Rem’, j’ai merdé là. M’enfin on est vraiment ravi et on rentre chez Mark après avoir plié le matos, ce qui ne prend guère de temps au vu de notre set-up minimaliste. Minimalisme auquel je prends de plus en plus goût. En tous cas là, c'est clairement la bonne solution.
wastemen
La fin de soirée est un fou-rire intinterrompu avec Dim’ et Kim dans le salon de la maison. Entre la retombée de la pression, le fait de se savoir bien accueilli, d’être avec des gens charmants, et quelques artifices bien sentis, chacun se laisse aller, et tout semble magique, frais, léger. D’ailleurs je n’ai plus vraiment l’impression d’avoir un corps, mais un cerveau à la fois en ébullition complète et en lévitation mystique. On déballe plus d’âneries, de bons mots et d’images incroyables qu’il n’y a d’érables au Québec. Nos esprits sont intimement connectés. Un vrai festival de bonne humeur pure.
Je prends une douche en riant comme un benêt. Je me couche, et essaye de dormir entre deux crises de rifougne, qui me tombent dessus comme une foudre continue.
Tout est parfait.
PS : un grand merci à tout le staff du O'SOLEIL : monsieur-son dont j'ai oublié le nom, Cloé, Stéphanie etc ...

9 août 2011

QUEBEC 2011 / rapport / jour 04

JOSE & THE WASTEMEN en vadrouille au Québec / Juillet 2011.
Mardi 19 juillet (jour#04)
Petit déjeuner diététique et équilibré habituel (œufs, saucisse, bacon, pain de mie toasté, café) et direction la boite de location de voiture, pour récupérer notre Hyundai GSI qui va bien. Le temps de comprendre comment on ouvre les portes, le coffre, comment on démarre, et on décolle en direction du fameux LAC SAINT JEAN.
La route est calme, dégagée, ensoleillée. Dimitri est enthousiaste et prend plein de photos de la route. Je suis un peu plus blasé, ayant déjà habité ici plusieurs années. Et je sais que c’est pas la peine de s’arrêter pour prendre des photos : le paysage ne changera que très peu pendant notre voyage. Chez nous on a l’habitude de changer de décor en faisant deux ou trois heures de route (voire une). Là-bas tu peux rouler 3 heures et avoir l’impression d’avoir fait 100 mètres. Après 6 heures de route et une pause gastronomique (Mc Donald’s sur l’autoroute) nous arrivons à Dolbeau-Mistassini. On est tout ému et stressé avec Dimitri. Dans quelques instants on va voir le seul et unique Dusty Rem’ (certifié "Meilleure exportation du Québec en France depuis belle lurette"), dans « sa » maison avec ses parents, ses filles. Non franchement ça fait un truc.
On se gare, Rémi sort de la maison. Je me dis que ça doit être dur d’avoir sa famille si loin, de les voir une fois par an quand tout va bien. Mais cette idée me passe vite quand je vois son sourire. Il est aussi content que nous, c’est cool de se revoir, ici. On rentre. Il y a des tableaux partout sur les murs, c’est le truc qui me saute aux yeux tout de suite. Il sont l’œuvre de Thérèse, la maman de Rémi, comme je ne vais pas tarder à l‘apprendre. Sinon il y a évidemment des guitares de sorties. Deux nouvelles acquisitions de l’incorrigible Dusty Rem’ : une Dan Amstrong d’époque et une Gretsch des années 60 avec son joli Bigsby (voir les photos ici).
labatt
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Les présentations sont faites avec la famille. Tout paraît naturel et simple. On découvre rapidement que Thérèse et Rémi ADORENT s’ostiner (se chamailler) pour un oui ou pour non, sous l’œil amusé de Vincent, charmant monsieur plein d’esprit et d’à-propos.
Rémi, ravi dans son rocking-chair, a déjà une guitare dans les mains.
 « Mais ça s’peut-tu d’avoir toujours une guitare dans les mains d’même ?!?!? »
Oui Thérèse, ça se peut. Et si ce syndrome était catalogué comme une maladie, elle s’appellerait même La Villeneuvite. Je vous défie de rester quelque part avec Rémi sans qu’il nouille sur une guitare au bout de cinq minutes. Je le soupçonne d’aller aux toilettes avec une guitare quand il le peut.
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Alors qu’on déballe nos affaires (ce qui est vite fait) je présente mon Dobro à Rémi, aussi stressé que si j’allais passer un oral du bac. Il le regarde sans broncher. Une goutte de sueur perle sur mon front. Il l’inspecte de l’œil du connaisseur, mon pouls s’accélère. Il s’assoit dans son rocking-chair et gratouille dessus. Le monde entier me paraît suspendu à ses lèvres, qui refusent de bouger. Je suis vapeur, j’ai des fourmis dans les jambes.
Le verdict tombe.
 « Elle est cool ! ».
Le Québec a vraiment des vertus incroyables.
Nous faisons une petite ballade au bord de la rivière Mistassini avec Remi, ses filles et « P’tit Remi ». C’était le spot d’ado de Dusty Rem’. On se marre à l’imaginer ramener des filles ici, avec son look métal-punk de l’époque.
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Le repas au barbecue qui suit est délicieux, et l’ambiance sereine. Nous nous couchons finalement assez tôt, dans la tente dressée dans le jardin.
Et finalement, on n’a pas du tout commencé à répéter notre formule « à-trois-sans-Mathias » qui est resté « faire des Big Mac pour la France » (je cite).
Alors que le premier concert arrive le lendemain.
Ça ne stresse personne.
Même pas moi.
Le Québec a vraiment des vertus incroyables.

8 août 2011

QUEBEC 2011 / rapport / jour 03

JOSE & THE WASTEMEN en vadrouille au Québec / Juillet 2011.
Lundi 18 juillet (jour#03).
Deux objectifs : trouver une guitare, trouver une voiture pour filer au Lac Saint-Jean rejoindre Dusty Rem’.
Pour la guitare, flemme et manque de temps pour chercher de l’occasion, on passe chez Archambault et je ressors avec un dobro Fender fabriqué en Chine.
Je vois déjà la tronche de Rem’ : FENDER et FABRIQUE EN CHINE. Oulalalalalalahhh … Je m'imagine déjà fouetté à grands coups de cordes (tirant 18-76) la tête dans un Super Lead chauffé à blanc par une Les Paul Junior, et autres sévices du même acabit.
Pardon Rem', j'ai pêché.
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Pour la voiture, Dimitri n’a pas récupéré l’adresse de la boite de location et nous avons toutes les peines du monde à retrouver le contact. Ni lui ni moi n’avons d’ordinateur. J’ai même pas emmené mon téléphone (sinon c’est vraiment pas des vacances). Bienvenu en 1995. On arrive tant bien que mal à se faire aider par un employé de centre commercial, faute de mettre la main sur un cyber-café. La boite de location s’avère être à Chaille, pas loin de Péta-Ouchnok. Et avec la canicule moite qui pèse sur Montréal, ça s’annonce assez groovy. De fait on va mettre plus de deux heures pour arriver à bon port.
« Des voitures oui on en a, mais vous avez réservé ? »
Non.
Va falloir revenir le lendemain. On reprend le bus direction centre-ville pour aller au Parc Lafontaine, ayant appelé Annie (du réseau Flashfalcon Québec) d’une cabine téléphonique pour la retrouver là-bas. Il doit faire quelque chose comme 40 degrés Celsius, sans exagérer. On sue, on colle, on pue, tout va bien. On achète un 6-pack avant de se poser au Parc. Sur le chemin, on croise un mec qui se trimbale avec un perroquet sur chaque épaule. Visuellement c’est joli et cool, mais auditivement parlant c’est strident, très strident. Les deux magnifiques volatiles lui hurlent non-stop dans les esgourdes à 115 décibels (chacun).
Soit le mec est sourd, soit il est sourd.
Annie et son futur mari, membre des Moshines (le monde est petit) arrivent. On a à peine le temps de siroter un houblon malté en jouant du dobro qu’une pluie même pas rafraîchissante se met à tomber. On hésite à rester sous un des arbres du parc le temps que ça passe. Mais ça empire et mes origines campagnardesques me font dire qu’il n’est pas judicieux de rester sous un arbre par un tel orage; lequel se transforme en mousson. On se met finalement à courir vers le café le plus proche, spécialisé dans le cycliste, il faut de tout pour faire un monde. On ne distingue plus rien au dehors, un mur de pluie empêche de distingue quoi que ce soit à plus de un mètre. Impressionant. Après avoir siroté nos cafés en papotant rock’n’roll et projets au Québec, nous ressortons. Annie et son chum filent se reposer d’un week-end long et chargé, et nous repartons nous balader avec Dimitri.
labatt
En repassant par le parc, nous découvrons que l’arbre dont il était question ci-avant est joliment coupé en deux, avec un amas de grosse branches agonisant un peu partout autour. Pfiouuuuu ... On est peu de choses.
Nos déambulations nous ramènent à l’Esco pour le soir, puis à une courte nuit en commun dans une auberge de jeunesse.
Demain, les choses sérieuses commencent.

6 août 2011

QUEBEC 2011 / rapport / jour 02

JOSE & THE WASTEMEN en vadrouille au Québec / Juillet 2011.
Dimanche 17 juillet (jour#02)
Lever à 11h30, pas pire pour le décalage horaire, mais trop tard pour profiter du petit déjeuner de l’hôtel. Il reste juste un peu de café tiède, assez pour accompagner ma Player’s light sur la terrasse minimaliste de l’établissement. Je demande à un vieux attablé là si la fumée le dérange. Il me propose aussitôt une cigarette en souriant. Il a de faux airs de Bukowski et une chemise western qui confine au sublime, un relent d’after-shave accompagne chacun de ses gestes.
“-Travail ? Vacances ?
- Oh vacances, et j’en profite pour venir jouer un peu de musique.
- Oh Weyyy ?!?! 
(surenthousiaste) Hey c’est bien ça kesséktujoudon’ ?
- Oh on fait des trucs un peu folk-country là parce qu’on est juste en acoustique, des fois ça sonne un peu blues aussi, enfin on essaye quoi.
- Weyy c’est bon ça mon tchum et tu joues quel instrument ?
- Guitare.
- Weyyy gars connais-tu Kenny Rogers ? Oweyyyy ? Sais tu que j’lai vu jouer ? Oh c’était y a longtemps ! Hey boy dans l’temps ça avait d’l’allure ! Aimes-tu Roy Orbison ??!? Lui c’était mon préféré pour la voix ! Ah weyyy !!!
- AH j’adore sa voix moi aussi ! Mais vous, vous jouez d’un instrument ?
- Ah non des fois un peu de musique-à-bouche pou’l’fun mais je suis pas vraiment musicien hein !

Je lui montre mon minuscule harmonica “Lady” que j’ai autour du cou, et en joue un petit air pour lui montrer que c’est pas juste un bijou. Ni une ni deux il tape des mains en envoyant des “Weyyy Heyyy Heyyy!!”.
Un peu plus et le vieux me lancerait un set carré en pleine rue Saint Hubert un dimanche matin.
“-Hey c’est bon ce p’tit harmonica là ! Y Sonne en maudit ! Et sinon t’aimes-tu Johnny Cash ? Weyy ?!? Moi je sais jamais si c’est lui que je préfère ou Hank. Hank Williams le vieux hein pas Hank III !!! C’est pas pire Hank III mais en concert j’te dis moi ça vaut pas l’vieux ouais !
J’hallucine, old-timer a vu Hank Williams en concert …. Et il est donc allé voir Hank III …
Le soleil commence à taper très fort. L’heure du rendez-vous avec Dimitri au Parc Berri approche, je prends congé du pépé magique.
“-Enchanté monsieur, je m’appelle Sébastien Jose Dos-Santos.
- Osti’d’beau nom qu’tas là ! Moi c’est Généreux. Jacques Généreux.”

Je la sens bien cette journée.
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Petit déjeuner pépère avec Dimitri puis recherche infructueuse de guitare. On est dimanche. Il n’y a plus de pawn shops à Montreal. Et dans le seul magasin “tout-en-vrac-à-pas-cher” où j’en vois et en essaye, le prix est abusé vu leur état de décomposition avancé. Donc je prends rien. Makash, merde, ça attendra demain et c’est décidé, je prendrai un dobro. Sonne plus fort, cool pour jouer dans la rue.
On traîne sur Saint Laurent, avec un passage à la friperie-conceptuelle EVA-B. Foutraque complet, bordel génial, têtes de dinosaures en plastiques, casquettes de marin, surchemises de bûcheron, vieilles valises en cuir, badges kitch-posh-ketaines de 20 cm de large, montres, robes à frous-frous, jeans vintage, baskets d’occase; name it you got it. Avec dedans un espace de 20 m2 et 2 metres de haut pleine de fringues où tu dois aller dedans en enlevant tes chaussures. À l’arrière de la boutique, une décharge savamment négligée. Un endroit hautement conseillable, avec thé glacé fourni à l’entrée par de charmantes demoiselles.
labatt
Repartir marcher. Marcher à l’ombre. Pas trop vite. Trouver du frais. Commander un double Mojito dès que possible. Slurp.
WAOW.
Parc Mont-Royal. Pause fraîcheur à la piscine pour enfants équipée de brumisateurs géants.
WAOW.
Parc Mont-Royal. Prendre une photo sous la statue d’Athena. Oublier que je suis  censé jouer là mais que j’ai pas de guitare. Regarder tripper 80 pélos qui jouent du tam-tam-djembé-maracas-marimbas-flûte-tambourins-et-caetera en suant toute l’eau de leur corps, totalement en transe. Un peu plus loin, une trentaine de gars se mettent sur la courge avec de fausses épées médiévales inoffensives, se roulent dans la poussière en poussant des hurlements guerriers dans une ambiance bon enfant.
WAOW.
foufounes
Terrasses et disquaires rue Mont-Royal. Dégote le tee shirt « Metal Up Your Ass » de MetallicA. Manger une poutine-saucisses au Rapido pendant deux heures à cause d’une malencontreuse discussion sur l’importance ou pas du look dans la musique (sujet qui ne tient pas à cœur à Dimitri parce que ça lui tient à cœur sans lui tenir à cœur) et aller à l’Esco. Suzie Mc Love et Luc des Breastfeeders sont là, Pierre Bouchard (Psychoriders) aussi, c’est lui qui sert. On discute sur la terrasse, pas emballés par les 4 groupes de emo-punk-melo-roulettes qui s’escriment dedans. Shooters offerts. Ça papote ça papote.
Résultat on finit à 2h00 du matin à jouer au billard à la Brasserie Cherrier chère à Plume Latraverse.
Un couple anglophone sirote une bière sur la terrasse alors qu’on trippe nineties-à-mort sur un vieux Collective Soul qui joue sur CHOM FM. Le gars lorgne sur mon Dobro. Ça finit rapidement à jouer sur la terrasse, le gars sort une super chanson à lui qu'il pousse avec une méchante belle voix, je lui rends la monnaie avec une impro en sol ouvert et bottleneck. On se sépare ravi.

Dans mon lit tout me revient. 1994, 1995, 97, 98, Liette, Jean-Michel, Nathalie, Boris, les déménagements, Claude Louis-Seize, les nachos au St Sulpice, les black-mondays des Foufs, Vitalogy de Pearl Jam, L’hôtel du Lac-Des-Plages, Ben Harper au Café Campus, Oasis au Club Soda, les cours de Seymour à L’UDM, les mercredis d’impro au Belmont, Silver Pillaveur à Halloween, le ski-doo avec André dans l’nord, Tea Party au Metropolis, les nuits à la bilbiothèque de l’UQAM, Le rotweiller de Brigitte & Johan, le Aki-Sack dans les parcs, le cycle Tex Avery à la Cinémathèque, une nuit sous un abribus rue Saint Laurent, le canöé au lac de Brigitte, la rue Mentana, les 7 jours sans électricité à Montréal, les marches sans fin dans la neige, les cassettes compilées sur la radio, ma guitare achetée chez Music Mania …
foufounes

4 août 2011

QUEBEC 2011 / rapport / jour 01

JOSE & THE WASTEMEN en vadrouille au Québec / Juillet 2011.
Samedi 16 juillet (jour#1)
Assommé par la prise massive de divers médicaments avant et pendant le trajet en avion, je débarque à Montréal l’œil torve et l’haleine incertaine. Pour faire filer les médocs, je prenais du cognac. Ca fait cher en avion, très cher. Je ne vous le conseille pas. Sauf si comme moi c’est « ça ou je tue le chien/les hôtesses/les passagers/moi-même tout en avalant un siège et en chantant du Slayer à l’envers » tellement j’adoOOore l’avion.
Carte bleue en gueule de bois, démarche pâteuse, lunettes fumées, barbe en vrac, chapeau vissé sur la tète et sac Eastpack sur le dos, Canada me voilà, Québec serre les fesses.
Pas de problème aux douanes. Exploit.
On me laisse sortir de l’aéroport. Violent choc thermique. Il fait une chaleur à faire fondre un volcan. Après un trajet en autobus+ipod (j’écoute « Montreal » de moi-même la larme à mon no-noeil dans un trip purement égo-centro-nostalgico-pignolesque que j’assume au niveau du surmoi) je débarque au « Saint Sulpice », rue Saint Denis. L’endroit paraît encore plus grand que dans mes souvenirs, et la terrasse arrière aussi. Il est 13h30, pas un chat, mais les serveurs et le staff s’activent déjà. La chaleur est proprement insoutenable. C’est donc tout logiquement que je commande une « Labatt bleue », avec un hot-dog-deluxe- custom-double-XXL-all-dressed pour faire passer. Délicieux. J’en reprends même une Labatt pour la bonne bouche.  Le ton est donné.
labatt
Pardonne moi Cyril Lignac, regarde ailleurs Paul Bocuse, je ne sais plus ce que je fais.
En plein gorgée de bière fraiche, un quasi-orgasme se rajoute à mon extase : juste à côté de moi, une fontaine-pulvérisatrice se met à saupoudrer ses gouttelettes magiques sur la terrasse. Je reste figé de bonheur, tirant la langue tel un vieux toutou pour mieux sentir cette fraicheur surgie de nulle part. Je manque d’en tomber dans les pommes tellement c’est bon. Un des serveurs vient me demander si ça va .
« Si ça va ??!? Mets-en !!! »
On se marre. Le ton est donné.
Dimitri, ponctuel, débarque au St Sulpice après une virée infructueuse dans le « Vieux Montreal », un truc sorti d’un dépliant d’Office de Tourisme, moche, vide, sans vie, sans intérêt aucun. Je compatis avec lui et nous fêtons nos retrouvailles avec un pichet de « Boréale blonde » ; surement parce qu’il est proposé moins cher que celui de Labatt Bleue.
Résultat, il est 17h00 bien pesées quand on se décide à décoller pour aller acheter une guitare d’occasion et des percussions. Nous avons en effet un « concert » (disons prestation publique pour faire moins ronflant) à honorer le lendemain au Parc Mont-Royal. Ambiance moite pour échec cuisant : samedi à 17h00, les magasin de musique sont déjà fermés. Ne fermant que le dimanche et étant parfois ouverts très tard en fin de journée en semaine, ils allègent un peu le samedi. J’avais complètement oublié cette tradition montréalaises après 13 ans d’absence, évidemment.
En grand professionnels de la profession nous décidons de ne pas céder à la panique, et filons grignoter bio et sain. Si-si. Au « Commensal » rue Saint Denis. Lui il était déjà là (un peu plus haut) à l’époque et cette formule de légumes au poids me plait bien. Miam-miam puis sieste et danse contemporaine en plein parc Berri (qui s’appelle « Emilie Gamelin » en vrai parait-il), haut-lieu de rencontre estival des itinérants et des toxicomanes de tous poils.
berri
Imaginons un Galotta intéressant faire un spectacle dans un parc qui serait entre le Parc Mistral et un coin du Metro La Chapelle. Non pardon je délire. Je rêve. De fait, je pionce sévère, et Dimitri déguste tout seul le spectacle de Danse Cirque Contemporain Jazz Gay Interdisciplinaire, qui pour le peu que j’en voie à mon réveil, est effectivement réussi. Nous voilà prêts pour aller aux Foufounes Electriques. Trouver une guitare pour le lendemain, c’est pas ça qui va nous empêcher de dormir (ou pas).
En parlant de ça je me trouve une piaule bien pourave sur la route; Dimitri est déjà installé chez des copains vers Papineau, chez qui il n’y a plus de place. Au coin St Hubert/Ste Catherine, en plein foirestival des Musiques du Monde du Cirque Jazz Gay Contemporain avec Jean Paul Gaultier (ouais j’ai pas tout bien suivi), un duo de mecs de Halifax font un country-rockabilly-wannagain tout à l’énergie avec dobro et guitare sèche, à même le bitume. Le méchant «tone», la méchante conviction.
Les Foufounes Electriques (dites «Les Foufs» si vous ne voulez pas passer pour un gros naze) c’est un complexe de bars/boites/terrasse tout bonnement incroyable, en plein centre-ville. Bon après, c’est toujours mieux avant. Tu trouveras pas un montréalais pour pas te dire « ouais mais attends les foufs avant c’était mieux ». On me disait ça déjà en 94. Je veux bien hein les gars, surement. Et c’est vrai que là j’ai trouvé que c’était une population moins jeune qu’à l’époque. Mais dur de juger en plein mois de juillet. M’enfin bon, un truc aussi énorme, qui ferme à 4h0 du matin, où l’entrée est pas chère (quand elle est payante ….), où la bière est pas plus chère qu’à n’importe quel rade, et où tu peux jouer au billard en écoutant Nuclear Assault enchainé par Neil Young ou Voivod ; et où les gens qui sont là sont euh... des gens (genre des vrais gens hein, pas des mecs qui lisent Vice ou des touristes ou je ne sais quoi) aux looks trop cools (ou totalement bidons, mais ça se mélange bien) ehhhhh ….. « mieux avant » ou pas moi je m’en cogne. J’aimerais déjà imaginer la même chose à Paris, mais rêve mon gars, ça n’arrivera jamais.  Décomplexé, bruyant, amical. Et des jolies filles aussi. Que voulez vous de plus ?
foufounes
On finit la soirée à jouer au billard avec un gars un peu épais qui fait un blocage sur le trop plein de nègres (je cite) et de musulmans en France et dans Montréal-Nord. Si tu le lâches à Barbès il fait une syncôpe en 2 secondes et 13 dixièmes. Il est temps d’aller dormir et de rincer le cochon. Sur la route je m’achète une bouteille d’eau dégueulasse. Pourtant les mecs quoi, de l’eau, c’est pas dur, et vous en avez plein ….. Beiiiiin non une eau à coucher dehors, je sais plus la marque mais c’est une eau à, tenez vous bien « OSMOSE INVERSéE ». Une connerie marketing que même L’Oreal a pas inventé avant tout le monde. Ceci dit s’ils cherchent des trucs j’en ai plein. Pourquoi pas de l’eau :
« en biomasse ozonifiée » ? «à base de crypto ADN purofiltrant» ? « riche en protobase de métacellulate » ? voire même pour les techniciens du son « pro-activante au niveau des mediums clustés » ?
Reste donc que cette eau est dégueulasse, mais ne m’empêche pas d’apprécier ma douche (sale et sur le palier) et mon lit (douteux et sur un tapis douteux).