| --- photo : aftershow au Chopin Theatre, Chicago. Les épisode précédents : épisode 1, épisode 2, épisode 3 Quel con je fais : depuis le début j’ai fait en sorte que les autorités ne sachent pas qu’on existe en tant que musiciens, ils aiment pas qu’on vienne leur piquer leur boulot les ricains ; et même si c’est un « boulot » sous payé, pour eux c’est le même tarif. Pour dire, j’ai carrément atterri à Chicago sans même un médiator dans la poche, et j’ai tanné les gars pour qu’ils s’alignent sur cette politique de la taupe interlope qui avance masquée et déguisée en autruche. Et là, comme un con, c’est moi qui lâche le morceau. Tout comme le seul gros con qui est finalement parti vadrouiller sans ses papiers et sans son téléphone, eh beh c’est moi. Alors que à chaque fois qu’on bougeait quelque part je serinais les gars « c’est bon les gars vous avez vos papiers ? Votre téléphone ? ». Bref. Retour sur mon champion en uniforme : je dois détendre l’atmosphère tout de suite, surtout qu’il est en train de me poser toute une chiée de questions sur d’où on vient, où on va, la totale. A un moment il me demande où l’on a atterri et chez qui l’on est hébergé. Ça me donne le déclic, et je tente le tout pour le tout : « - Oh on a atterri chez notre copain Alex, c’est un Français, et maintenant il est marié à une américaine, on vient juste jouer avec lui pour faire la fête hein , trois fois rien hein ahahaah tranquille monsieur. Peut-être que vous connaissez sa femme d’ailleurs ? C’est Danielle Colby de l’émission American Picker ». Comme ça en passant. Hop. Je sais que American Picker passe à Chicago, qu’elle y est assez populaire, on a eu l’occasion de s’en rendre compte, mais je n’ai aucune idée de l’audience qu’elle peut avoir ailleurs. |
| --- photo : un matin (ou une fin de soirée) comme un autre avec Niko. Batteur, évidemment. J’avais quand même retrenu que Felix l’a déjà vue au Québec. Donc bon, j’ai des chances, et j’ai vite fait de découvrir sa popularité ici : le flic ouvre une bouche à avaler trois essaims d’abeilles en même temps. « - OoooooMaaaaaGaaaAAAD’ !!! OMAGAD ! » (bon en fait ils disent Oh My God, mais OMAGAD je trouve ça mieux). « I love Danielle ! » Putain ! Alex est juste à côté il est sorti fumer aussi, je le chope direct : « - True true ! See Alex is here, it’s her husband ! » - OMAGAD !!! » - Vas-y Alex montre lui des photos de toi et Danielle ». Alex en a environ 8000. Il s’exécute dans la bonne humeur. Alex est toujours de bonne humeur. Le flic est comme un guedin, il dégaine son téléphone et commence à faire des selfies avec Alex, le mari de son idôle de la télévision. Plus improbable tu meurs. Alex, mon pote de Saint-Blaise du Buis (3.8. représente), adulé comme une star par un flic de l’Indiana qui est à la limite de la catalepsie. En tous cas le tour est joué, le fait qu’on soit musiciens ou pas, il s’en cague comme de son premier donut : il est content. On papote avec lui, il est tout détendu, il nous montre son badge, on se fait des photos, on est copain comme cochon. Niko est mort de rire et joue le jeu. Niko est toujours mort de rire. Après quelques accolades de bon aloi, on repart. Ah mais où au fait ? |
| --- Waffle House sur Highway 65. Pire restaurant de tous les temps. Haut la main. - Pardon ? » - Euh bein ouais en fait on a tout posé là bas avant de venir te rechercher à Brownsburg » - Ouais mais après on va où ? » - Bein on dort là bas nos affaire son déjà dedans chez lui » - Nan mais les mecs vous êtes cramés ! Je mets pas les pieds là-dedans c’est un fou furieux si je le vois je le tue !! Putain mais ça craint ! Mais vous aussi quoi merde rentrez pas la dedans ! - Nan mais ça a l’air cool ya sa femme et tout !» - Cool ? Ouais bon bein vous faites comme vous voulez moi je fous pas les pieds là dedans il est taré j’te dis ! Putain merde j’ai du me jeter de son van, et quand vous l’avez croisé il a fait l’air de rien ! J’aurai pu crever merde ! - Ouais mais bon bein -euh mais bon euh … - Ouais bon bein on va là bas si il y a tout le matos hein… pas le choix. Mais moi je fous pas les pieds dedans, je dors dans un champ si il faut ! - Beiiiin y’a le van des Hangdog Hearts. » - Beh si il est ouvert voilà, je dors dedans. ». |
| --- photo : Jeff Nolan sur scène avec nous à Nashville (dans le récit, c'est ce soir). Nous voilà arrivé. Une grande maison dans une zone pavillonnaire de campagne. Le putain de pickup blanc est là. Le van de Hangdog Hearts aussi, et il est ouvert. Niko et Felix décident de venir passer ce qu’il reste de nuit avec moi. Alex et Soda vont à l’intérieur. On se souhaite bonne nuit, et je leur rabâche de bien faire gaffe. Moins de quatre heures après, sur le coup des 9h00 du matin, le soleil tape dur sur le camion, qui a été récemment repeint en noir. Je dessèche littéralement sur ma couchette, et il n’y a pas le moindre souffle d’air pour venir me sauver. Sec, sec, sec. Comme dirait Ludo Boudou « si jamais je jouis, j’vais éjaculer en poudre ». J’me sens comme une bouze de dromadaire, à midi en plein Sahara. Un pack de petites bouteilles d’eau, posé en bas, me fait de l’oeil. Je descends tant bien que mal me prendre une bouteille, et en jette rapidement une à Niko qui est en train de gémir, et j’ouvre les fenêtres dans le vain espoir de faire passer un peu d’air. Vain, l’espoir, en effet. Me faut de l’air. J’ouvre la porte du van pour m’asseoir sur le marchepied, il fait un soleil de plomb, et entre le réveil d’hier, la route d’hier, le concert d’hier, les aventures d’hier et de la nuit, je suis vraiment naze, au dernier degré. Naze complet. La porte de la maison s’ouvre. Psycho Burrito en personne. Merde. « Putain Niko descends, descends il est là !" |
| --- Au fond, le pickup de l'angoisse. Au premier plan le van de Hangdog Hearts. Tout autour, il fait 45 degrés. Niko se jette de sa couchette et vient s’asseoir à côté de moi. On n’en mène pas large. Psycho Burrito est en débardeur du dimanche, short, tongs et lunettes noires. Mais il est toujours aussi cuivré et balaise. « Hi guys ! Had a good night ? Why didn’t you get inside to sleep ? It’s fresh ! I got AC and all you need ! » et il me tape sur l’épaule en souriant. Je cherche machinalement un clope, que me tend rapidement Niko. Il me connaît bien Niko. Je l’allume, je dis rien. Psycho Burrito fait le tour du camion pour aller ouvrir son garage, qui laisse entrevoir plusieurs Harley Davidson, un écran télé d’environ 12 mètres de large, de grands sabres, et des canapés en cuir XXXXL, entre autres choses. Son putain de garage est plus grand et mieux fourni que mon appart. Je me lève, je scanne les alentours. Je me dirige vers le champ à l’arrière du garage pour essayer de retrouver mes esprits et comprendre ce qu’il se passe. J’entends Psycho Burrito arriver à côté de moi. « You did a great show last night ! But you know what ? I lost all the merch I bought you ! » Je tire une latte, je cherche Nico du regard derrière mes lunettes de soleil, il est pas loin derrière nous. Je me redirige vers le camion. Je suis sûrement en train de dormir et je rêve (ou je cauchemarde). « Oh and you know what ?!? I got busted by the cops when I came back, because I drove too fast ». Putain tu te fous de ma gueule ou quoi ? Tu te rappelles que tu m’as acheté du merch. Tu l’as perdu. Tu te souviens t’être fait arrêter par les flics parce que tu conduisais trop vite (sans blagues ?) en revenant chez toi. Mais le fait que j’aie essayer de t’étrangler, que j’aie du sauter de ton pickup en marche, que tu m’aies laissé seul comme une merde dans un ravin ça te dit rien ? Que t’aies dit que tu savais pas où j’étais quand les autres t’ont retrouvé ça te dit rien ?!?! Niko lit dans mes pensées, il en a les mâchoires qui se décrochent. Le mec nous parle comme si rien ne s’était passé. Soit il est très bon acteur, soit il a la mémoire sélective, soit il est taré, soit il est/était sous drogues. Soit tout ça cumulé. « But well I know them well, so I was fine I did not even get a ticket. » Je tente un vague « Mmmmmm… mmmmm… » qui me sert surtout de soupape de sécurité, car je bouillonne comme il faut. Ceci dit entre sa carrure, ses sabres, ses guns dans son pickup, et ce qu’il doit y avoir dans sa maison, j’aime autant ne pas la ramener. Attendons patiemment en restant sur nos gardes. « Well guys, I gotta go to the drugstore, few things to get there. See you later ! We could call all of my friends and make a huge party and diner then ! » Et il se barre faire ses courses. |
| --- photo : petit matin à Chicago. On est bien. |
| On se regarde avec Niko : c’est quoi ce bordel ?!? On décide d’aller rapidement faire un tour dans la baraque. Elle est immense, du dernier cri, et il y fait facilement 25 degrés de moins que dehors. Les américains sont littéralement malades de la climatisation. En plein été, on a dû mettre un gilet ET une veste à chaque fois que l’on rentrait dans un magasin ou un restaurant. Ca n’empêche pas Alex et Soda de comater confortablement dans le salon, dans de grands canapés avec de grands coussins. Je cherche rapidement la douche dans cette maison luxueuse qui n’a pas vu le moindre grain de poussière depuis sa création. Je peux me passer de bouffe, de clopes, de café, de tout ce que tu veux, mais en tournée, si j’ai pas ma douche le matin, je ne fonctionne pas correctement, ça m’est vraiment vital. Même si y a juste un lavabo pour faire une toilette de chat hein. Là pour le coup, c’est baignoire de luxe, mais je ne m’y attarde pas. Une fois –vite- fait je retourne au camion. Psycho Burrito revient. Je me cache sur ma couchette, pas envie de le recroiser, seul qui plus est. Un gamin sort de la baraque. Il s’avérera qu’il en a deux, ainsi qu’une femme qu’on croirait tout droit sorti d’un catalogue de bombes atomiques. Ça me rassure : moins de risque de grabuge avec femmes et enfants dans le secteur. Attendre que les gars sortent tous me semble une éternité. Imaginez un peu si on était cinq meufs sur la route : les épisodes salle de bain cumulés nous feraient prendre 5 heures de retard chaque jour. Allez y les filles huez, huez derrière votre écran. Smiley. Voilà enfin les Wastemen et Soda (relativement) frais et pimpants. Ils ont décliné l’invitation de Psycho Burrito en lui expliquant que ce soir, on doit être à Nashville, et que t’es bien gentil bonhomme, ça fait quand-même une bonne petite trotte à travers l’Indiana, le Kentucky et le Tennessee. On repart dans notre Dodge, pendant que Psycho Burrito, son père fraîchement débarqué et un des fils nous font de grands signes de la main. Psycho est toujours aussi jovial. Troublant. On sort du lotissement, et Alex, Felix et Nico en ont une bien bonne à me raconter. Pendant que j’étais à les attendre, Psycho Burrito les a emmenés dans une pièce de la maison, qui s’est avérée être un véritable arsenal de guerre. Environ 25 pistolets, fusils, fusils d’assaut, fusils mitrailleurs, bien rangés et bien lustrés, que notre hôte a pris soin de leur montrer en long, en large et en travers. Incluant un petit pistolet « de sac à main » pour madame. Rose, évidemment. Comme c’est touchant… Niko lui a demandé ce qu’il pouvait bien faire d’autant d’armes. Le gars lui a répondu que, bein tiens, c’est pour se défendre, on ne sait jamais ! Faudrait déjà qu’il s’achète surtout 12 paires de bras pour tout tenir, mais bon. L’épisode ne les a guère motivé (pour peu qu’il le fussent déjà) à rester plus longtemps ici . Et nous voilà en route pour Nashville. Ce soir on va jouer avec Jeff Nolan, un des guitaristes héros de mon adolescence : il a joué dans I Love You, Screaming Trees et Scott Weiland’s Magnificent Bastards, et c’est lui qui pose le solo sur notre « Go Fuck Yourself ». Qui sera bien sur ce soir dédicadé à qui vous savez. Bref, Jeff a gentiment fait le déplacement depuis Orlando avec sa femme Erin pour nous rencontrer, jouer avec nous et s’amuser. Et même si je ne le sais pas encore pendant que je roule sous un soleil de plomb au milieu des champs de maïs de l’Indiana, c’est bien ce qui va se passer ce soir, comme tous les autres soirs de cette tournée : on va s’amuser entre potes, rencontrer des gens incroyables, jouer dans des endroits terribles, avoir des fous rires à s’en faire mal au ventre, vivre musique à 200%, et se pincer toutes les 10 secondes en se demandant si on n’est pas dans un rêve. Et je vais personnellement le vivre d’autant mieux que l’épisode d’hier soir, qui aurait pu tourner en cauchemar, me remplit finalement d’un sentiment aussi puissant que simple : je suis en vie. Et la vie, c’est hyper cool. La vidéo ci-dessous est faite avec des images tournées par Alex, Felix et Niko pendant ce périple aux USA et au Canada. Le titre est téléchargeable gratuitement ici (il suffit de rentrer "0" quand on vous demande le prix). |
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28 déc. 2014
PSYCHO BURRITO, Saison 1 épisode 4
20 nov. 2014
PSYCHO BURRITO, Saison 1 épisode 3
| --- photo : on fait les malins au siège de John Deere, à Molines, Illinois, après le concert au RozzTox de Rock Island. Et sinon, si t'as pas lu les épisode précédents : Episode 1 et Episode 2. J’entends un moteur au loin. Je saute pour essayer de trouver des lumières de phares. Là-bas, à l’est. C’est pas sur ma route, ça doit être un croisement : je cours. De plus en plus vite, comme un taré. Merde ma cuisse me fait putain de mal. Cours cours cours cours cours ! Le moteur se rapproche, c’est un camion, ou un bus, ses phares découpent le maïs et la nuit, il va arriver là-bas, il y a bien un croisement. Cours cours cours cours putain de merde faut que j’arrête de fumer cours cours cours j’en chie cours cours j’en CHIE PUTAIN J’EN CHIE ! Je me fous au milieu du carrefour, et reprends ma respiration comme je peux, courbé, le tronc en avant, les mains sur les genoux ; je suis limite en train de tomber dans les pommes. C’est un camion, il est à 100 mètres. Ses phares m’aveuglent, je lève les bras et fais de grands signes en sa direction, mais il n’a pas l’air de vouloir ralentir. Il me fait des appels de phares, puis klaxonne, de plus en plus rapproché. IL est clair qu’il n’a pas envie de s’arrêter. Je le devine en train d’essayer me m’éviter par ma droite. Non mon pote tu passeras pas ! Je me décale sur ma droite. Il est plein phares, il klaxonne sans s’arrêter putain il est proche proche proche je continue de balancer les bras en l’air ARRETE TOI PUTAIN CONNARD ! Il me pile devant. Comme dans les films, genre à un mètre de ma gueule. Plus de klaxon, juste le bruit du moteur en marche ; dont je sens la chaleur réconfortante tout près de moi. Pour un peu, j’embrasserais la carrosserie. Je m’aperçois que j’ai même pas eu peur. Il allait pas m’écraser non ? Je recule un peu avant de me diriger vers sa cabine. Erreur. |
| --- photo : le programme du lundi "off" à Nashville, Tennessee. « - YOU FUCKIN FUCK !! WHAT THE HELL YADOIN’ ?!? FREEZE NOW FREEZE MOTHERFUCKER !!! » Ouh putain « Freeze », comme dans les films ! Okay mec je bouge pas, et je fous carrément les bras en l’air. Bienvenu au Far Middle West. « -WHAT THE FUCK ARE YOU DOIN ?!?? » - W-w-w-well I’m l-l-l-l-lost I had to … - TURN AROUND TURN AROUND HAVE YOU GOT ANY GUNS ?!? » Ouh putain il est tendax. Oh merde, mes yeux s’habituent à la lumière des phares, le mec a sorti le tronc par la fenêtre et il est en train de me pointer avec ce qui ressemble fort à un calibre de type « chie dans ton froc ». Je serre les fesses, et dans un même mouvement savant, je tourne sur moi-même tout douuuuuuucement : « - Nononononono come on I AIN’T GOT NO GUNS ! I AIN’T GOT NOTHING ! LOOK ! - WHAT THE FUCK YOU DOIN’ HERE ???!? » - Well I I I I I ’m french, my b-b-b-b-band and nnnnnn-nn I p-p-p-played in Browsnsburg but the guy who d-d-d-d-drove me afterwards was n-n-n-n-nnuts and I had to j-j-j-jump out off his p-p-p-p-p-pick up, now I’m l-l-l-l-llost and I got nothing with me ! ». Pendant le long silence qui suit, je me rends compte que suis encore sous le choc de tout ce merdier, à tel point que j’ai du mal à parler distinctement sans bégayer. Ça ne doit pas arranger mon affaire et mon crédit auprès de Super-Trucker. « - WHAT THE FUCK IS THAT SHIT ?! ARE YOU FUCKIN’ KIDDIN ME ?! FUCKIN’ FAIRY TALE MAN ! » - Nonononononononono p-p-p-please come on I j-j-j-j-jjust look for a l-l-l-llift to Brownsburg, or a-a-a-anywhere else where I can f-f-f-f-find humans and give a c-c-c-c-call or anything please ! - HAVE YOU GOT ANY MONEY ? » Merde mec, c’est quoi le rapport ? Il veut me plumer ici ? En joignant le geste à la parole, je retourne mes poches pour lui signaler que « - NO I ain’t go n-n-n-n-nothing it’s all in our v-v-v-van ! » et je pousse le zèle jusqu’à essayer de retourner la poche-ticket (la petite, à droite, bein ouais les gars ça s’appelle la poche-ticket). Miracle : un bifton de 20 dollars plié en quatre tombe sur la chaussée. « -Wait wait wait !!!! I had that I d-d-d-did not even know !!» - HOW MUCH YOU GOT ? » Putain c’est quoi ce film ? - 20 b-b-b-bucks ». - … OKAY GIMME YOUR TWENTY BUCKS AND I DRIVE YOU TO BROWNSBURG. IT’S ON MY WAY. GOTTA PARK MY TRUCK HERE FOR THE NIGHT ». Putain enculé, je te filerais pas les 20 boules tu me laisserais là ?! En plus c’est sur ta route ! Ah okay. T’as un gun. On discute pas. Mais au moins, par pitié arrête de brailler comme un putois. |
| --- Niko a piqué le chapeau de Felix, en route pour le Canada. Il me fait signe de monter. Je grimpe et m’installe sur le siège, le mec est super tendax. « - I will give you one good piece of advice, man : don’t try to fuck around with me. Am I clear ? » - O-k-k-k-kay. Sure. Just wanna b-b-b-be in Brownsburg. ». On roule, je m’aperçois que j’ai les mains qui tremblent, j’essaye de reprendre une respiration normale, mais ça daube vraiment fort là-dedans ; Super-Trucker n’a pas du voir une douche depuis un bon moment. Panneau de signalisation « Brownsburg ». Ouf. Le mec tourne à gauche. Pas ouf. « - Mmmmm sorry aren’t you g-g-goin to Brownsburg ? » « - NO I gotta park my truck not so far, my wife will come and pick us up with our car ». Bon. Il gare son engin dans une zone désaffectée, et sa femme arrive comme prévue. Mal réveillée, les cheveux en vrac, elle est recouverte d’énormes boutons, et daube autant que son mari. Qui, à la lumière froide du parking, apparaît finalement lui aussi très défraîchi. S’ils sont pas alcooliques, ils prennent de la dope. Elle marmonne quelques questions inaudibles, auxquels son mari répond systématiquement en braillant. Je ne moufte pas. On rentre finalement dans leur voiture qui exhale un inénarrable parfum de chien mouillé, de sueur, de cigarette froide et de vieux simili-skaï. « - So, where do we drop you in Brownsburg ? » - Mmmmmm well the v-v-venue erm … uhhhhh » Putain. Le blanc. Aucune idée du nom de la salle. Je rappelle qu’elle n’était pas au routing initial, ça s’est fait il y a deux jours. « - The … the p-p-place where there are live g-g-g-gigs, two big rooms, one you can s-s-s-smoke in, and a great t-t-t-terrasse in the backyard ». - Man, I park my truck here but we don’t live in Brownsburg, I got no idea ». Merde. Merde merde merde. « - MMmm it’s d-d-d-downtown, just t-t-take the main street and I’ll tell you » Mais en fait je n’en ai aucune idée. On roule, on tourne, et Super Trucker perd patience. « - I had enough road these days, I won’t drive for hours, find the fuckin’ place or I’ll drop you anywhere ». Vu le ton y a rien à négocier, faut trouver une solution dans la seconde. « -Yeah sorry, I …. I dunno, just don’t drop me there. Take me to the cops, it’s always open right ? And maybe my friends would be there waiting for me ? » - To the cops, man ? Are you sure ? You ain’t got ID, nothing » - No choice, d-d-drop me there ». |
| --- photo : Alex procède au ravitaillement avant le concert de Nashville. On suit les panneaux d’indications du poste. Je prépare mentalement la litanie incroyable, au sens propre, que je vais devoir présenter aux flics. Il se gare sur le parking. Miracle : la salle est juste derrière. Je mate l’enseigne : elle s’appelle donc « A Stone’s Throw ». A un jet de pierre. Aussi bien c’est encore ouvert. A Rock Island on est resté dans un bar jusqu’à 4 heures après le concert, hier à Louisville on a du finir dans ces eaux là. Ca dépend des Etats, et vu qu’ici on peut fumer dedans, aussi bien il y a encore des êtres humains, et la chance de voir passer les autres parce qu’ils vont bien repasser là à un moment ou un autre. Et miracle dans le miracle : je vois notre Dodge avec tous les zozos à l’intérieur arriver juste devant. Je leur fais signe, ils sortent et me gueulent dessus. « - Putain mais t’étais où t’avais pas autre chose à faire que d’aller boire des coups putain on a flippé notre race tu fais chier putain !!!! » En plusieurs fois, j’essaye de leur expliquer que je ne sors pas du bar, mais de la bagnole de Super Trucker, et tout ce que je viens de vous narrer, par saccades, dans le désordre. Je m’aperçois que le choc est pas passé, ils s’en rendent compte rapidement je crois. Le pauvre Félix, qui fait sa première tournée avec nous, et sa première tournée tout court, se demande avec quel taré il s’est embarqué. Je devines sur son visage un mélange tout à fait pur de stupéfaction et d’inquiétudes diverses. Mais non les gars, j’ai pas fait la fermeture du bar. Promis, juré, craché. D’ailleurs vous m’avez bien vu monter dans le pickup de l’autre taré puisque après vous nous suiviez ?! Oui, mais ils ont cru qu’il m’avait peut-être ramené en route, ou que je m’étais arrêté ailleurs fait la tawa ou etc. etc. Non les mecs désolé je faisais pas VRAIMENT la tawa pendant tout ce temps. Ni la teuf’, ni la bringue, ni la bamboche. Je leur demande où EUX sont allé. Et là, stupéfaction, ils sont bien arrivés… chez le gars, sur les indications téléphoniques d’Austin dont la copine conduisait notre Dodge (souvenez-vous, dans l’épisode 1). Et là-bas quand ils ne m’ont pas vu, ils lui ont demandé où j’étais. Ce à quoi le gars a répondu : « - I don’t know. » Et il est allé se coucher sans demander son reste. I don’t know. Surréaliste. Je bouillonne littéralement à l’intérieur, j’ai envie d’aller le tuer. Je demande aux autres comment ça se fait qu’il ait pu répondre ça. J’étais DANS son pickup putain, il peut pas dire qu’il sait pas où je suis. Il m’a au moins lâché quelque part. Les autres ne comprennent pas non plus. |
| --- Felix sort du Chicago Music Exchange avec 12 cordes en plus dans la besace. J’ai faim, j’ai soif, j’ai envie d’un clope. On est trop content de se retrouver. Alex a un sourire qui illumine le ciel infini de l’Indiana. On décide de tous aller à un fast-food géant qui reste ouvert toute la nuit et qui se trouverait pas très loin. On pourra débriefer, et manger. Je n’en reviens pas qu’on se soit retrouvé aussi facilement, finalement. Eux non plus. J’apprends petit à petit qu’à un moment de notre chevauchée fantastique avec celui que l’on appelle maintenant « Psycho Burrito », les gars derrière ont failli lui rentrer dedans bien comme il faut, mais pas moyen de savoir si c’était avant ou après que j’aie sauté. Puisqu’ils l’ont reperdu en route. Quoi qu’il en soit, je mange comme 15. Je suis vraiment content d’être en vie et je commence à rigoler un peu. Je descends deux bières pour la forme et file fumer une clope dehors. Il y a là un flic qui fait manifestement le planton toute la nuit, en cas de débordement. Dois-je vous rappeler qu’ici on se trimballe armé ? Pour je ne sais quelle raison il entame la conversation avec moi, et dans le fil de celle-ci, pour une raison qui m’échappe, je lâche que je suis musicien et qu’on a joué ce soir à Browsnburg, c’est cool, tout ça. Oulah non pas cool. Sa tête a changé. La suite au prochain épisode... |
| --- photo : on a tous enregistré notre single dans le Record Booth de Third Man Records. Là je me la pète avec mon exemplaire à Toronto le lendemain d'un concert (catastrophique) au Silver Dollar. Pour en savoir plus, en entendre plus et en voir plus sur les fabuleux WASTEMEN c'est par ici. Episode 1 Episode 2 |
23 sept. 2014
PSYCHO BURRITO, Saison 1 épisode 1
Quand Oli Fenec m’a sollicité pour écrire quelque chose sur notre tournée aux USA & Canada de cet été avec les WASTEMEN, j’ai d’abord hésité, par manque de temps. Je n’en ai plus assez pour écrire alors que j’adore ça, mais que voulez-vous, c’est la vie ma bonne dame. J’ai déjà de plus en plus mal à avoir du temps pour la musique. Quand on n’est pas intermittent, c’est pas la forcément la fête.
Et puis finalement je me suis dit que ça ne serait pas si mal, parce que ça me permettrait de liquider une des anecdotes de ce fameux voyage, que j’avais eu le malheur de dévoiler vite fait sur facebook.
Pendant tout notre périple de 3 semaines, qui nous aura vu aller de Rock Island à Montréal en passant par Nashville ou Toronto pendant les 5888 kilmomètres que j’ai conduits intégralement, j’ai laissé le soin à mes comparses, connectés et équipés, de gérer notre présence sur les réseaux sociaux ; pour rassurer tatan Denise ou copine Tartempion. La seule fois que j’ai posté un message, c’était celui-ci :
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Dimanche 20 Juillet 2014.
Vider un bar country à Brownsburg, Indiana, en jouant du rock : fait.
Se jeter d'un pickup sur le coup des 2h du matin, après avoir essayé d'étrangler son conducteur (qui portait un Stetson) : fait.
Se retrouver seul, perdu au milieu des champs en Indiana : fait.
Bloquer un camion au milieu des champs pour essayer de revenir en ville (à Brownsburg, Indiana) : fait.
Finir une soirée en discutant avec un flic américain fan de la femme de Alexandre De Meyer devant un fast-food zarbi : fait.
Être content d'être en vie : fait.
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Je ne m’attendais aucunement au retentissement international qu’allait générer ces quelques lignes, faisant passer la récente guerre au Machinistan ou le renversement de Trükmüsh (j’ai pas tout suivi ces derniers temps) pour des entrefilets de faits divers de la Presse Quotidienne Régionale.
Submergé depuis lors par des millions de lettres de fans angoissés, harcelé jour et nuit dans la rue et à mon domicile, je me devais de vous narrer cette journée par le menu. Cette journée et cette nuit, je préviens, c’est un peu long.
Et comme ça on n’en parle plus, et millions de fans mis à part, mes potes/connaissances/gens que je croise pourront me parler d’autre chose.
Si j’avais dit avoir niqué Kate Moss en sniffant de la coke sur le bureau de Obama, ça aurait été le même tarif. Les premières fois que tu racontes ça, t’es encore dedans (si je puis dire); t’es limite en train de faire de l’Actor’s Studio : « Ouais et là tu vois j’l’ai prise comme ça shlak-shlak ! » à grands renforts de gestes, de mimiques, et d’entrain communicatif. Mais dès la troisième fois, tu t’aperçois que t’es pas acteur du tout, et que finalement tu ne sais pas trop bien raconter ça en vrai, en 3D Haute Définition (la vraie vie, quoi). Ça doit être aussi ma nature, je sais pas, mais donc tout ça pour vous dire que comme ça sera raconté une fois, je serai pas obligé de la raconter à Copinou et Poto en faisant semblant d’être encore à fond, plein d’adrénaline et de rebondissements en-veux-tu-en-voilà.
Et voilà donc la fameuse histoire de… Psycho Burrito.
J’allume ma pipe au coin du feu, installez-vous confortablement les enfants.
Samedi 19 Juillet.
On se réveille tant bien que mal à Louisville, Kentucky.
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Photo : Samuel n'est jamais fatigué. A fond la forme dès le petit matin.
Après le concert d’hier soir, on a été accueilli chez Samuel, promoteur du concert, qui faisait aussi serveur dans le lieu où on a joué (« Higlands Tap Room »), qui a aussi joué avec nous en formule solo « Samuel St Samuel », qui est aussi chanteur guitariste de Call Me Bronco. Et qui revenait hier après-midi de trois semaines de tournée avec ce dernier groupe. Ça fait beaucoup.
L’appartement n’était donc pas dans un état de fraîcheur extrême. Notre gars était manifestement parti dans la précipitation pour ses trois semaines de tournée.
Le festival de chaussettes sales, de slips douteux, de poubelles éventrées, de vaisselle éparpillée (qu’on distingue malgré les nuéees de mouches) est typiquement le genre de truc qui fait que tu n’emmèneras JAMAIS ta meuf’ en tournée. Elle décéderait instantanément, cherche pas.
Félix, notre guitariste canadien « de remplacement » (je vous passe les détails) qui a pourtant un zizi, a carrément préféré dormir à même le sol de notre véhicule de location parqué en face dans la rue.
Moi, qui en ai vu d’autres (aïe, mes rhumatismes), je me suis accommodé d’un canapé ( ?) duquel j’ai du virer plusieurs kilogrammes de ferraille et de bois avant de pouvoir m’y allonger. Alex, notre bassiste franco-américain « de remplacement » (je vous passe les détails) a dormi par terre dans le salon, alors que la teuf' battait encore son plein puisque notre hôte avait aussi invité plein de potes qui avaient de quoi tenir toute la nuit ; et plus si affinités nasales.
Je crois que Niko, notre batteur français « de remplacement » (je vous passe les détails) a dormi sur ce qui avait dû être un fauteuil il y a quelques années (décennies ?). Soda, artiste solo à connaître absolument, et qui a fait quasiment tous les concerts américains avec nous, n’a, je crois, pas dormi du tout. Soda, c’est un vrai.
Tout ceci dit sans aucune malveillance ou mauvaise pensée envers Samuel, qui est un gars en or, un vrai rocker; le cœur sur la main et la bière dans l’autre. Merci Samuel, tu déchires.
Après ce réveil fait de romantisme et de fraîcheur boisée, il fallait penser à ce soir. C’est comme ça que ça marche en tournée : tu te réveilles, t’as du mal, et il est l’heure de se demander : « Et ce soir on fait quoi ? On joue où ? ».
Et bien normalement, ce soir, on est « off » à Nashville pour faire les touristes avant le concert du lendemain (à Nashville). Et on doit aller au NAAM, grand raout des pros de l’équipement musical auquel nous conviait gentiment Jeff Nolan, qui venait depuis Orlando nous rejoindre à Nashville pour faire le concert avec nous, soit le kiff ultime puisque je suis fan et qu’on s’était jamais rencontrés en vrai.
Mais finalement le très cool Austin de Hangdog Hearts, avec qui on avait partagé l’affiche au Chopin Theatre de Chicago, nous a proposé il y a deux jours d’aller jouer à Brownsburg (Indiana), ville banlieue d’Indianapolis, où ils allaient finir leur tournée d’été.
On se voyait mal refuser une date de plus, vus les haut niveaux de gaule-kiff qu’on se prenait depuis le début. Et ce même si ça nous (et surtout me) faisait un peu rebrousser chemin avant de repartir pour Nashville.
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Photo : aller manger une salade dans un Steak and Shake. Sexy.
On arrive donc à Brownsburg, Indiana, après une petite pause dans un Steak'n'Shake.
C’est pas hyper citadin. Pas hyper campagne. Par contre c’est hyper étendu (au sens de « étalé »), avec des rues comme toutes celles du middle-west, rien de spécial.
Le lieu est über-cool. On peut fumer dedans, bienvenue en 1997. C’est samedi et il y a déjà pas mal de monde sur le coup des 18h00. Ca se présente bien. En plus Austin et sa bande sont d’ici, leur dernier concert de tournée à la maison, c’est l’assurance de jouer devant une salle garnie, d’autant plus qu’il nous laisse jouer tête d’affiche.
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Photo : Le calme avant la tempête.
On a droit à une quota de ministre au bar, et les gens sont ravis de discuter avec nous. La salle qui peut accueillir facilement 250 personnes est bien équipée et bien foutue. Tout s’annonce pour le mieux.
A l’heure de monter sur scène on a quelques IPAs (la nouvelle bière à la mode aux USA) derrière la cravate. Sauf Felix, qui est la sagesse même, option sécurité 4 fromages. On va sur scène en sirotant entre une MILF en manque et un vétéran de Desert Storm, ça gère pépère. On en a bus d’autres.
Soda puis The Hangdog Hearts ont fini leurs sets. A nous d'attaquer, avec « Hello There », la reprise de Cheap Trick.
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| Photo : promis lers gars, la prochaine fois on jouera de la Country.
Je sens que ça ne prend pas. Assez rapidement. Les autres titres n’arrangent rien, et « Go Fuck Yourself » trouve un accueil pour le moins mitigé, qui voit une grande partie du public sortir de la salle pour aller se réfugier sur la grande terrasse arrière.
Toussotement.
Pourtant les autres fois (et celles à suivre) les gens étaient plutôt enclin à brailler le refrain avec nous. Là, pas du tout. Il doit rester environ 8 personnes. J’essaye de tchatcher un peu entre les morceaux pour raccrocher les wagons. D’ailleurs avant d’arriver là-bas c’était le truc qui me stressait le plus. Et finalement c’est un des trucs que j’ai le plus apprécié : taper le bout de gras avec la salle, dans leur langue sans me prendre le front en sortant ce qui me passait par la tête, et des fois on s’est bien marré. Là, je vois que ça sert pas à grand chose, et qu’il vaut mieux en finir au plus vite. On a beau essayer de calmer le jeu en casant du Muddy Waters ou autres reprises plus pépouzes, nan, ce soir, ça marchera pas.
On finit le concert pareil. Pas mémorable. Vue l’ambiance et la quasi absence de public, le contraire serait étonnant. Pas catastrophique non plus. C’est juste le concert où tu te dis « bon, il en fallait un pas terrible, c’est lui, merci au revoir et au suivant !». A nos âges, on est plus à se remettre en question et à s’arracher les cheveux quand ça se passe pas super bien; ça arrive, c’est tout.
Je passe quand même au stand de merchandising, car il faut bien croûter et mettre de la sauce dans le Dodge. Les rares personnes qui passent nous font comprendre, sans animosité aucune mais de façon assez claire, que ici c’est plutôt un club country. Folk passe encore mon pote, mais ici c’est country les gars, okay ?
Okay. Mais pour le coup désolé je n’ai pas d’anecdotes à la Blues Brothers à raconter, dans lesquelles les gens nous hueraient, nous jetteraient des canettes, où l’on serait protégé par des grillages, et où ça finirait en cassage de chaises sur la gueule. Pourtant on a joué à Rock Island, la ville des Blues Brothers.
Non-non. On nous fait juste comprendre que ce qu’on a fait, c’est aussi pertinent que d’aller faire un happening grind-metal-core avec option « art contemporain » (celle où tu pauses un radis sur un moëllon) dans une fête antillaise où les gens attendent Zouk Machine pour faire du limbo.
Dont acte.
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Mais (ce mais est important car vous avez vu, avant , j’ai sauté une ligne, c’est bien fait hein ?!?) un gars improbable arrive au stand.
Enfin, improbable pour nous français. Pour là-bas, en Indiana, pas tant que ça.
Le gaillard, dans la trentaine, fait quasiment deux mètres. Il a une chemise blanche impeccable, brillante à te péter la rétine. Un grand chapeau Stetson flambant neuf. De jolies bottes lustrées. Un visage couleur cuivre, taillé au couteau, avec une belle moustache fine à la mexicaine, et des mâchoires carrées prêtes à dévorer un bœuf vivant. Un beau bébé athlétique, avec une carrure de Quaterback qui n’aurait pas besoin d’épaulettes, qui sent fort le parfum et engage la discussion par un suprenant :
« HEY GUYS GREAT !!!! IT WAS AMAZING ! INCREDIBLE ! »
Are you kidding me ?
Tu te méfies toujours. Là-bas il peuvent se servir de ce genre d’adjectifs pour parler d’un hot-dog qui est le même que celui de la veille, et qui est tout à fait banal. Ou d’une savonnette trouvée dans un 7/11.
Là-bas un truc normal, c’est AU MOINS « amazing ».
Donc bref je dis merci au gars et je le laisse dérouler.
« YOU GUYS CAN REALLY PLAY ROCK’N’ROLL I WANNA BUY ALL YOUR STUFF !».
Okay là, mec, tu m’intéresses.
Kesstu prends ? J’ten mets combien ?
Simple : il prend tout. T shirts, Cds, patches…
Et tous les modèles.
Et en double.
Je lui propose de lui payer un bière. Vu ce qu’il vient de nous filer, on va marquer le coup, hein Niko & Alex ?!? Quand je veux marquer le coup j’appelle toujours Niko & Alex car ce sont deux charmants compagnons de route qui ne disent jamais non. En plus d’être des super-potes-bisous-poutous les gars vous me manquez.
Mais non, même pas besoin de lui raquer une bière, le mec a pensé à tout.
« COME ON GUYS IT’S ON THE HOUSE ! I ORDERED SHOOTERS FOR YOU ALL ! »
Et effectivement une serveuse arrive avec tout un plateau de shooters whisky pour lui et nous. Le mec, en plus, paye sa tournée.
Puis une deuxième.
Et il est toujours aussi enthousiaste. Ça fait plaisir. Ça sauve au moins un peu de dignité de la soirée. Et il propose une troisième tournée.
Hum… Bon, là, mon grand, il faut qu’on y aille, on va à Nashville demain, tout ça tout ça, alors on se fait la bise et on y va passque sinon je sens que tu vas faire copain avec nous et que on va sortir d’ici les pieds devant, et que demain ça va être douloureux.
On sort donc sur le trottoir devant la place, le Dodge est juste devant. Le luxe.
Je pose aux gars la question rituelle de chaque fin de soirée/concert pendant 3 semaines :
« Ouais okay donc euuuuuuh on y va mais euh ….on va dormir où ce soir au fait ? »
Et Austin de Hangdog Hearts de répondre, goguenard : « Man, you sleep at his place » en me désignant notre nouveau copain cow-boy.
Ah okay en plus on dort chez lui, c’est la totale.
Ce mec est manifestement un don du ciel.
Je me sens un coup de perfection, tu sais, ces moments où tout est cool et tout va bien se passer. On va chez lui ? Eh bien on n’a qu’à se suivre. Moi j’ai la flemme de conduire tous les jours, tout seul, et on doit en être au tiers du trajet global que je vais me cogner tout seul. Donc je me dis que là, pour ce soir, EXCEPTIONNELLEMENT je vais filer les clefs à quelqu’un, et me faire conduire après le concert. Le luxe de grosse star quoi. Comme en plus on sort de tournées de shooters, et que Soda nous a alerté tout du long sur le fait qu’en Indiana, ça rigole pas… Je remets donc les clefs à une fille qui connaît Alex et Austin et qui veut bien nous raccompagner (en tout bien tout honneur, cela va de soi). Et je me retourne vers notre cowboy cuivré en lançant un tonitruant
« -ALRIGHT BUDDY ! WE GO TO YOU HOME ! ‘GONNA RIDE WITH YOU AND ALL THE MATES WILL FOLLOW, RIGHT ?!? »
-YEAH !!!!! »
Tout le monde est content, c’est la fête, dans 15 mn on est chez lui, on fait la teuf, on joue demain soir à Nashville, concert pas terrible ou pas ce soir c’est le trip de ma vie, mes copains sont géniaux, tout va bien, super, groovy, vive la vie !
J’accompagne donc le Cowboy jusqu’à son pick up, garé une vingtaine de mètres plus loin, pendant que les gars et la meuf qui conduit nous attendent pour nous suivre. Mon nouveau pote (désolé mais je n’ai pas retenu son prénom) me lance alors un
« -HEY MAN YOU KNOW WHAT ?!!! »
- Mmmmm nooooo ? »
- I GOT THREE GUNS IN THE BACK OF MY TRUCK »
- Mmmm okayyyy coool yeah man yeah cool yeah».
Sûrement une façon de dire bienvenue, en mode « concours de quéquette », comme certains gars ailleurs sur la planète sont fiers de te dire qu’ils ont un yacht, une femme avec des faux seins, une playstation, ou un kit Polini avec carbu de 32 (choisis ton époque et ta classe sociale avec ces exemples), en faisant un burn avec leur moto ou en montrant leur Rolex.
Je m’installe à l’avant de son énorme pickup, aussi blanc et clinquant que sa chemise. On fait demi tour dans le parking, on passe devant les potos (« youhouuuuuu-coucou » avec la main) qui nous emboîtent la roue, et on se retrouve devant un feu rouge.
Direction la maison du cowboy.
Presssion sur la poitrine.
Grosse accélération. Corps qui part en avant.
Cowboy a soit chaussé des chaussures en fonte, soit il essaye de passer le pied à travers le plancher.
La suite au prochain épisode ...
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7 sept. 2011
QUEBEC 2011 / rapport / jour 09
Après une nuit d'environ deux heures je me réveille tant bien que mal sous la tente de jardin, et il fait déjà méchament chaud. J'ai soif, j'ai un cou en carton, et une envie de pisser à fendre des bûches.
Je vais jeter un oeil dans la tente pour voir si Dimitri est encore en vie. Manifestement oui. J'ouvre les zips de la tente au maximum pour qu'il ait un peu de frais et ne finisse pas déshydraté.
Je vais jeter un oeil dans la tente pour voir si Dimitri est encore en vie. Manifestement oui. J'ouvre les zips de la tente au maximum pour qu'il ait un peu de frais et ne finisse pas déshydraté.
Je chausse mes lunettes de soleil pour rentrer dans la maison des parents de Rémi, car je dois avoir une sacrée tronche de Zombie. Après un bonjour poli je file directement à la salle de bains pour une douche salvatrice. J'enchaine avec un café et une beurrée de peanuts, pas plus. Je suis un peu en vrac.
J'évite soigneusement les rocking-chairs et me vautre dans un canapé. Je suis VRAIMENT en vrac.
Au bout d'un moment (ça a pu durer deux minutes ou une heure) je file réveiller Dimitri car on doit filer chez Mark & Kim qui nous attendent pour manger et aller se baigner, si j'ai bien compris ce que m'a dit Rémi. Mais je suis plus trop sur.
Je reprends un café.
Dimitri met environ deux plombes pour se lever, déjeuner et se laver.
Son côté féminin qui ressort, sans doutes.
Je ne saurai vous dire ce que j'ai fait en attendant, mais surement pas grand-chose.
J'évite soigneusement les rocking-chairs et me vautre dans un canapé. Je suis VRAIMENT en vrac.
Au bout d'un moment (ça a pu durer deux minutes ou une heure) je file réveiller Dimitri car on doit filer chez Mark & Kim qui nous attendent pour manger et aller se baigner, si j'ai bien compris ce que m'a dit Rémi. Mais je suis plus trop sur.
Je reprends un café.
Dimitri met environ deux plombes pour se lever, déjeuner et se laver.
Son côté féminin qui ressort, sans doutes.
Je ne saurai vous dire ce que j'ai fait en attendant, mais surement pas grand-chose.
Je sais même pas comment on est arrivé à Alma, par contre on est arrivé à la bourre, mais Mark a le sourire aussi radieux que le ciel au dessus de nous. On évite donc soigneusement de lui dire qu'on a encore paumé une de ses cymbales, faut pas gâcher le tableau.
Je ne sais plus si on a dormi ou fait quoi que ce soit l'après-midi, ce que je sais c'est qu'on a vraiment pris une sacrée reculée la veille. Qui nous a permis par contre de gagner le droit de revenir au VOX pour jouer mercredi, en mode acoustique. Et en plus ils vont fêter leurs 25 ans le même jour.
Mon Dieu ... Prenons des forces.
Mon Dieu ... Prenons des forces.
Pour ça, on est en de bonnes mains. Kim & Mark sont aux petits soins pour nous, et préparent pour le soir un super barbecue de Saumon et divers légumes, dont des asperges affriolantes. C'est vraiment les vacances: on a la tête dans le sac mais rien à faire, rien à planifier, tout arrive tout seul, il fait beau, on se marre, on écoute de la bonne musique, on se marre encore. Le repas de ce dimanche soir est un vrai festival, la chaleur humaine et la nourriture délicieuse (ET SAINE) nous redonnent tellement de forces qu'on arrive à dire des âneries jusqu'à tard, à en avoir mal aux mâchoires, ça fuse dans tous les sens.
Surement à cause des petites épices du barbecue ....
Merci encore, Kim & Mark, ce fut un grand moment de bonheur.
31 août 2011
QUEBEC 2011 / rapport / after 08 / DOLBEAU-MISTASSINI
| JOSE & THE WASTEMEN en vadrouille au Québec / Juillet 2011. Samedi 23 juillet (after#08). Retour aux loges. Le tour-manager de GALAXIE me saute dessus en pleine Heineken : « - Où est ton batteur ? Il a dévissé l’accroche du Hi-Hat pour les ranger et on retrouve pas les attaches, dépêche toi de le trouver on est dans la merde là ! ». Et il rigole pas le bonhomme. Bon, 1: c’est son boulot et 2: on s’est un peu beaucoup incrusté sur cette date alors ne faisons pas les malins alors qu’on vient de faire une boulette en torchant LEURS bières. Mais putain gnGNGNgngngGNGngngn mais keeeeesskimafoutu Dimitri alors que JUSTEMENT on a déjà perdu le Hi-hat de Mark et qu’on taxe celui de GALAXIE pourquoi il le leur dévisse criss' ???!!?? Suant encore comme un goret chinois dans un sauna suédois, en pleine descente d’adrénaline, je parcours la salle plusieurs fois en tous sens à la recherche de mon bon vieux batteur et néanmoins ami. En vain. Les toilettes, le bar, la terrasse rien. Quand je recroise le tour-manager, il commence à vraiment monter dans les tours. Putain que ça gave. Je me recogne deux ou trois circuits complets en poussant tout le monde, la classe. Echecs. Je repasse aux loges pour signaler que désolé, je le retrouve pas, tu peux me battre avec une batte de base-ball si tu veux mais je peux plus rien pour toi. Et je vois mon Dimitri en train de siffler une bière, pépère, limite étonné (voire offusqué) de me voir la bave aux lèvres, haletant et l’œil torve : « - Non mais c’est boooon riiiiiiLax mec, en fait j’étais là, t’inquiète c’est réglé. » TA BAR NAK. |
| Je sors sur la terrasse arrière prendre le frais et ma nicotine. Allez, à ce rapport-là je peux le dire : on a une avalanche de compliments ce soir, comme les autres soirs d’ailleurs. Oui-oui on se pignole on se lance des fleurs ça fait plaisir putain ça fait plaisir. J’aurai eu au Québec plus d’encouragements qu’en plus de 20 ans en France. Donc ce soir on profite on s’éclate remets-moi une tournée tiens prends-en une weyyyyyyy trop cool hein quoi attends pfffff ouais GALAXIE le concert déchire (et pas QUE les oreilles) l’after aussi rhaaaaaa je suis bourré toi aussi ? Génial ! Merde on est vraiment en train de s’en coller un sévère. J’arrive même à faire siffler plein de shooters d’affilée à Rémi, qui est pourtant notre plus sobre Wasteman, et de loin. Il a l’œil qui pétille. Rhaaaaaaa on est trop bien sur cette terrasse derrière le VOX. Je fume des clopes comme un train, je retourne danser toutes les 5 minutes. Attends, quand t’as un enchaînement « I Wanna Rock » / « Go Down » tu fais quoi ?!!!!? Les gars ET les filles sont toujours aussi cools. Ca fait du bien de revivre cette sensation purement québécoise de filles qui discutent quand tu parles avec elles. En plus on met le grappin (en tout bien tout honneur) sur Marylou, la fille qui a le look le plus cool de Dolbeau, et qui s’avère finalement être cool tout court, puisqu’elle arrive même à nous expliquer le FAMEUX processus de l’osmose inversée. Objectivement, j’ai rien compris. |
| A quatre heures du matin, la fermeture du VOX s’annonce. On a bien dansé et discuté, le staff est vraiment d’une gentillesse désarmante. William, Francis, Alexandra et les autres: ne changez rien, vous êtes parfaits. J’ai comme envie de me faire adopter, ou de demander l’asile politique. Je me résous tout de même à filer dans la bagnole avec Rémi, sinon ça va finir en nuit blanche et bon euh … l’âge, tout ça … hein …. Voiiiiiiiilà on va rentrer. Dimitri, un œil au plafond et l’autre sur la tireuse à bière, continue d’écluser en bonne compagnie. On le laisse là vu que c’est pas loin de chez Rémi et que au pire, il trouvera toujours une solution. Ce garçon est plein de ressources, un vrai Castor Junior du rock’n’roll. |
| Sur le chemin du retour, pendant un virage, on entend un gros ssssSHHHCKLLiiiiiiiiiiiNG, le fameux son des cymbales qui se croûtent dans le coffre parce qu’elles ont été mal rangées. On est pété de rire avec Rémi et on se lance dans une délire de faux présentateurs de cirque : « Attention mesdaAAAaames et messieurs appréciez ce fabuleux virage de l’incroyaaaaaaaable Dusty Rem’ devant la mairie de Dolbeau-Mistassini ! ». Deux gars à pied qui rentrent eux aussi du VOX font des grands signes de bras dehors, je leur fais coucou et on trace. Arrivé à la maison et malgré la fatigue je file dans le coffre pour voir si les deux cymbales de Mark sont pas en miettes, parce que vu qu’on lui a déjà perdu un Hi-Hat et une cymbale … J’appelle Rémi en poussant un cri de douleur, car je m’emboutis le tibia dans l’attache caravane du truck pendant ma descente du coffre. Rémi est aussi interloqué que moi : il n’y a PAS de cymbales dans le coffre. Donc soit c’est le Colonel Moutarde, soit les cymbales n’étaient pas dans le coffre quand on les a entendues. Donc elles étaient sur le toit. Prends-en d'la graine, Sherlock Holmes ! Rémi a des obligations familiales le lendemain, je lui dis donc que je prends sur moi de refaire le chemin à pied pour retrouver les fameuses cymbales. C’est pas bien long, pas bien loin, et un peu d’exercice ne me fera pas de mal. Qu’est-ce qu’on peut sortir comme âneries quand on est cuit … |
| Me voilà donc dans les rues de Dolbeau à essayer de refaire le chemin à pied en sens inverse. Au bout de cinq minutes je revois effectivement une cymbale au fameux croisement. En plus elle est pas trop amochée. Mais pas de trace de l’autre. Il va falloir suivre la route jusqu’au VOX et là d’un coup ça paraît plus long. Très long. Car je ne remets pas précisément le chemin qu’on a pris, et par sécurité je fais tous les trajets possibles, à scruter les routes, chemins, pelouses, parkings … Je dois avoir l’air fin à errer comme ça avec ma cymbale sous le bras. Toujours rien, makash, wallou, nada. Je retourne au VOX, on sait jamais, aussi bien la manquante est là-bas. Il doit rester une vingtaine d’habitués au bar, dont Dimitri. Bon okay il a obtenu super rapidement son diplôme d’habitué, mais manifestement il s’est donné beaucoup de mal. Là il a carrément un œil qui regarde au deux chiottes simultanément (hyper dur car ils sont à l’opposé l’un de l’autre dans la salle) et l’autre qui fait du tourniquet, ou du flipper; je ne saurais pas trop dire. La tête elle-même n’est plus très stable, le salopiau n’y est pas allé avec le dos de la cuiller morte. Quand il a enfin réuni assez de concentration pour écouter ce que j’ai à lui dire et que j’arrive à accrocher au moins un de ses yeux tout en tenant son épaule, je lui sors délicatement la cymbale que j’avais cachée derrière mon dos pour lui ménager un effet de surprise à la Dani Lary. |
| « -Devine ce que c’est, et où je l’ai trouvé !! - …..mmmbmmmmbbbbrrrrRRrrrrr …. cYmbALe !...... - Bien p’tit ! C’est une des cymbales de Mark, et devine où je l’ai trouvée ?!? - mmmmmmmbrrRRRRROOoooo ….. voiture ? - Nananananananana ! je l’ai trouvée SUR LA ROUTE entre ici et chez Rémi !!! - …. mmmrrrRBBBrrrraaPourkwAAAA ? - Ben passque tu l’avais laissée posée sur le toit quand on a rangé le matos. - …… RRRRrrrrrrRRRrrhhhh …. - Oui oui sans doutes mais le problème c’est que j’en ai retrouvé qu’une. - …. mmmm …ooooOooorrbrrrrrrRRrrrERDE … - J’te l’fais pas dire. Je viens de ratisser Dolbeau dans tous les sens, à pied, j’ai soif, j’ai plus de clopes, j’en ai ras-le-cul, et je pense qu’on va rentrer passque sinon tu vas pas pouvoir rentrer tout seul. Avec un peu d’bol on va la trouver sur le retour, on recherchera tous les deux. Tu viens avec moi hein okay ?!? - … MMMMmmmmmmrrrrrRRRRooooooOOOOoo …. - Ouais okay on en boit un p’tit-vite-fait-pour-la-route et on file. ». Le staff est mort de rire, et nous encourage tels les gladiateurs rentrant dans l’arène alors qu’on passe la porte du VOX. Ave Vox, Galerituri te salutant. Je vous passe les détails du long retour erratique qui s’en suivit, et ne nous a pas permis de retrouver la deuxième cymbale. On s’affale dans la tente. Pas le temps de dézipper mon duvet et voilà Dimitri qui ronfle déjà tellement fort que le mec de la salle risque de rappliquer pour lui demander de se baisser. J’embarque mon nécessaire-à-dodo et file sous la grande tente de jardin pour finir ma nuit. Elle va être courte: le soleil se lève. |
24 août 2011
QUEBEC 2011 / rapport / jour 08 / DOLBEAU-MISTASSINI
| JOSE & THE WASTEMEN en vadrouille au Québec / Juillet 2011. Samedi 23 juillet (jour#08). Après une nuit complète et un petit déjeuner largement aussi complet (œufs, bacons, fèves, bacon, double ration de saucisses, café) à l’auberge de l’Ile du Repos nous partons en direction de Dolbeau-Mistassini avec Dimitri. Rem’, matinal, nous a déjà devancé. On serait bien resté un peu plus longtemps ici mais la météo tourne au vinaigre. En route. Nous voici une heure après donc devant le VOX POPULI après un trajet pendant lequel Dimitri m’a fait subir le dernier des outrages: écouter du jazz be-bop. Celui où le batteur finit ses lignes de coke en tapant sur son Hi-Hat (surmixé) comme un constipé consanguin victime du syndrome Gille de La Tourette, attaqué par une nuée de guêpes des Galapagos. Bon okay j’avoue, en fait c’est moi qui lui fait rester sur la station de radio pour être vraiment sur que je ne supporte pas ce style. Confirmation: je ne supporte pas. Tshhh thshsh s tshhhh-t-t-t-t-tttttt-ttshhhh-tttt-t-ttshhhh tshh tTHHHHHHSSSHHH-T-T-T-T-T-TTHShhhhhhh puuuuuUUTAIN MAIS TA GUEUUUUULE !!!!!! |
| Rem’ est là, on rentre dans le VOX POPULI : trop cool. Genre 300 places qui sent bon le rock et la bière. Le staff est incroyablement incroyable au point que c’en est incroyable. On apprend que GALAXIE, la tête d’affiche, sera à la bourre, et comme ça sert à rien de balancer avant eux on repart vaquer à nos occupations. À savoir : Rem’ avec sa famille chez sa famille (nous sommes dans ses terres historiques) et Dimitri & moi à aller faire du billard-bière dans une galerie marchande. Il fait tellement chaud que se balader dehors relèverait de l’inconscience ; ou du sport, ce qui revient au même. Retour à la salle, on est à bloc, car le spot à billard est bien le seul endroit où on aura entendu de la musique de merde pendant notre séjour : électro-dance-pouffiasse avec voix de René La Taupe passée au Vocoder-Rabouin. Un calvaire. Ca donne envie de décrasser avec du bon gros son. Ce que fait GALAXIE à environ 119 décibels dans la salle. Encore un ingé-son en mode virility-proof ? Bref, c’est à nous, on s’installe après avoir rencontré les gars de GALAXIE. Il y a quand même Olivier Langevin et Fred Fortin dedans, excusez du peu. Un monsieur Fortin lui aussi originaire de Dolbeau-Mistassini, et qui me prête très gentiment son ampli basse. Par sûreté je ne touche à aucun réglage et plugge la Fender Precision de Mark Parker dedans. Oui-oui rappelez vous, ce soir on joue en trio électrique et je dois donc prendre la basse. Stress. A un moment donné, alors que je suis penché sur la scène pour vérifier des bricoles de câblage, un avion à réaction-fusion-nucléaire décolle sur ma droite pour venir se crasher dans le tympan de mon oreille gauche et me décrocher un cri de tigre en rut à qui on arracherait les testicules avec des tessons de bouteilles. Oh rien de spécial, juste Rémi qui vient de brancher sa Gretsch dans le Fender « brownface-je-ne-sais-pas-quel-modèle-mais-il-est-hystérique-parce-que-c’est-un-vieux-modèle-super-rare-que-lui-prête-Fortin ». |
| Je suis à moitié sonné, j’ai vraiment mal à l’oreille. J’ai l’impression d’avoir pris un coup de poing, et j’ai même l’impression que mon œil gauche voit moins bien, tout gris, j’ai le pouls hyper rapide. Je suis à moitié flippé. Et mon Rémi lui il est PILE devant, à 30 cm en train de faire ses réglages, pépère, les oreilles dedans. Enfin des réglages … comprendre : il met tout à burnes sinon « ça sonne pas ya pas de grain ». Encore sous le choc je trébuche à moitié, recule, cherche machinalement mes bouchons moulés, que j’ai évidemment oubliés en France. Dimitri derrière sa batterie n’est pas dans l’axe de l’ampli, mais il a quand même la tête du gars qui s’inquiète : les mûrs vont-ils tenir ? Pendant un bref passage de silence qui ressemble à du bruit rose, je demande vite si quelqu’un a des bouchons parce que sinon ça va pas être possible. Non, personne. A ce moment précis l’ingé son de la salle vient gentiment voir Rémi: « -Euhhhh ça s’peut-tu d’baisser un peu ton volume ??!? Mouvement d’épaule genre Laurence Parisot qui vient de se faire prendre à parti par un cégétiste qui veut en découdre. - Woooy hey non sinon j’ai plus d’grain !!! » Surtout que à ce moment précis Rem’ sait qu’on l’a pris la main dans le sac. Ça fait un an qu’il nous affirme haut et fort (forcément fort) qu’au Québec et partout outre-atlantique tu peux jouer supra fort. Genre, limite t’y es obligé par décret, et si tu le fais pas ça prouve juste que tu es un sous-homme au niveau du Tone, et tu peux toujours aller sucer un Line-6 en te faisant sodomiser par une Cort. «- Oui mais là euh …. C’est vraiment très fort quoi, je euh …vais rien pouvoir faire, c’est VRAIMENT fort. » Rémi marmonne je-ne-sais-quoi et fait semblant de tripoter ses potards. Un ange passe. Je me colle rapidos une boule de papier Kleenex dans l’oreille faute de mieux et faute de temps ; il va falloir attendre pour aller acheter une paire chez Jean Coutu. Les balances seront donc un calvaire total en ce qui me concerne. Même en braillant comme un putois j’entends rien à ce que je chante, et si le gars monte mon retour, en plus de l’avion de Rémi, j’ai une fusée de larsen en double pénétration. La basse ça va j’entends, j’ai l’ampli de Fortin dans l’cul, et croyez moi le niveau est à l’avenant. J’ai vraiment mal à l’oreille, ça passe pas. Cette putain d’oreille gauche qui me saoule depuis 13 ans, suite à une sombre affaire de baston avec multiples pieds dans ma gueule. C’est dur de faire comprendre à quelqu’un que tu souffres (pas « j’ai mal » hein : je SOUFFRE) quand cette personne, par je ne sais quelle grâce divine, est totalement insensible à toute notion de fort ou pas fort. Rémi, tu lui fous la tronche dans l’ampli de Lemmy, la tête en sandwich dans celui de Malcolm Young, il bronche pas: il en redemande. Verdict médical post-voyage : j’ai un kyste à l’oreille qui bombe mon tympan, et fait qu’à certaines fréquences haut-mediums (pour parler comme Dimitri) de type Hi-Hat-cymbales-claquements-de-mains- fille-qui-crie y a des trucs et machins qui se touchent dedans. Le médecin me demande, héberlué, « mais, quand vous jouez de la musique fort ça vous fait pas hurler de douleur ???!!!». Ben si un peu, des fois … Kyste qui devait déjà là a priori, mais plus petit, et qui s’est réveillé et développé avec la pression du trajet en avion. J’apprends donc qu’à un peu plus et je perdais mon oreille, mais tout va bien. Là j’ai un traitement pour le résorber , mais pour je ne sais quelle raison obscure, il ne partira jamais vraiment. Super. Revenons au VOX. Dans les loges, au détour d’une Heineken (bizarrement à la mode ici) j’apprends que ça sera complet ce soir. On aurait pu s’en douter vu les gloires nationales et locales qui sont en tête d’affiche, mais ça surprend toujours. On fait un aller-retour chez les parents de Rémi pour déguster la fameuse tourtière de Thérèse. Retour à la salle, 21h30, c’est déjà blindé. |
| On doit attaquer peu après 22h00 pour un set de 40 minutes où il va falloir dépoter. On est tendu comme des slips d’ado. Une sélection musicale aux petits oignons tourne à burnes dans ce club qui me fait penser à feu l’Entre-Pot, tenu par une bande de jeunes ultra-motivés et hautement sympathiques qui se sont mis en coopérative. Ca me désespère de la France : même à Paris (j’aurais envie de dire, évidemment) t’as pas un lieu aussi cool (j’aurais envie de dire VRAIMENT cool) alors que là, t’es au fin fond du trou du cul de la zone profonde dans un bled de 15.000 habitants, et leur truc déboîte. Et pour moi le fin fond du trou du cul de la zone profonde dans un bled de 15.000 habitants n’a jamais été synonyme de beaufitude ou de ringardise A PRIORI. Je ne citerai pas les lieux prétendument trop cools qui sont juste des ramassis de m’as-tu-vu imbuvables qui se prennent pas pour de la merde. Mais bon bref, la vraie ambiance rock, tu la ressens et elle te saute à la gorge. Là, elle te saute tellement à la gorge qu’elle t’étouffe et que tu dois écluser force houblons-maltés pour pas t’étrangler. Les vues incessantes de créatures affriolantes n’aident guère. Oui allez-y, traitez moi de pervers psychopathe, j’assume. voix off du cerveau en mode « short Armani trop large, coupe de cheveux Benny B. + lunettes de soleil Victoria Beckham + gourmette D&G + débardeur Rivaldi trop serré + pseudo musculation mal foutue + regard de mec qui va te tuer + démarche de mongol + baskets hi-fi Nike-Star-Trek ». « Attends quoi c’est booooOOOooon tsééé maramé ma pÂrole j’vois des jolis gadjiii beiiin tséé j’les mate quoi c’est bon quoi yapa moyen moi j’men bÂts les couiiilllles tséééé mater des meufs ici c’est motCHémOtCHique KWÂ !!!! » Pardon, je commence à chauffer du cerveau. Montons donc sur scène pour voir. |
| Ah ben oui on voit bien que c’est plein dis donc. Et plein de meufs effectivement. C’est quoi ce pays de malades ?!? Rémi, l’air de rien, remonte évidemment son volume à bloc avant qu’on commence. Un vrai gamin : il croit qu’on l’a pas vu faire avec Dimitri ! On se marre. Pourvu que mon bouchon à l’oreille ne TOMBE PAS ….. « Just Be » et « More Fun » pour se mettre en pattes, et après on y va crescendo avec du qui-tape, à commencer par « Going Down ». Le concert se passe comme sur des roulettes. Je fais quelques pains mais bon hein pfffffff c’est trop cooool on sur on pu on a chaud les gens font yeahhhhh c’est trop beau c’est trop bien maman je veux ressentir ça tous les soirs et merde voilà déjà « Dog Eat Dog » surbraillée comme il se doit par un Rémi incandescent. Ce soir il est au summum du top du zenith orgasmique. Il joue dans SON bled, dans SA salle (il y a été DJ « heavy metal » en 86/87), sur SA Gretch, dans ce putain de « blackface-je-ne-sais-pas-quel-modèle-mais-il-est-hystérique-parce-que-c’est-un-vieux-modèle-super-rare-que-lui-prête-Fortin ». Cerise sur la piche : il dépucèle ce soir SA Dan Amstrong, qui s’avère donner un niveau de sortie de porc. Un porc mutant né à Fukushima. On est d’ailleurs sans nouvelles du groupe de filles qui étaient devant l’ampli de Rémi. Si quelqu’un voit errer des filles dans le secteur du Saguenay Lac Saint-Jean, la démarche hasardeuse, la bave aux lèvres (mais non !!!! celles du haut, putain mais vous êtes relous sérieux !), du sang sur les oreilles, les yeux révulsés, en train de crier « BlackfAAaaaaaaace !!! BLackfaaaaaAAAAce », ce sont elles. Ramenez-les au VOX POPULI et leurs familles viendront les chercher, merci. |
| Suite de cette folle soirée dans un prochain post, sinon c'est trop long. Eh oui c'est pas fini, y'a pas que les concerts dans la vie ! Y'a les afters aussi ! |
26 févr. 2011
Wasteman meets the WASTEMEN
| Après un concert à Paris qui ne
restera pas dans les annales (hormis le fait que j'ai ruiné le manche
de ma Tokai en la balançant contre une cymbale, ce qui est très con)
nous avions un peu la pression pour le concert "à la maison" : Grenoble
Rock City. Ben oui on flippe toujours plus "à la maison". Surtout qu'on voulait présenter un nouveau set avec un départ en
fanfare, des chansons qui planent au milieu, et une fin qui bourre. Ehhhhhhhh bien malgré une gastro carabinée qui m'a rendu amorphe toute la journée, ça s'est bien passé pour ma pomme. Mais surtout ça s'est bien passé pour tout le monde. La formule à 4 avec Rémi (l'homme à la "Flying V" sur les vidéos) est la bonne. Et les invités qui sont venus (Nadj, Lull, Ted, Dude) ont tous assuré, ils ont emmené leur savoir-faire, leur bonne humeur, leur envie. On avait une équipe pléthorique et motivée (son, lumières, guitar -tech, merchandiser). Ça a fait un bien fou, vraiment. En plus c'était complet, youpi tralallalaalallaa. Cerise sur le gâteau, il y avait "Seventies Dave" comme l'atteste le cliché ci-dessous. Il n'a pas aimé (euphémisme) les 15 photographes agglutinés devant la scène tout le long du set. Je ne peux pas lui donner tort : c'est vrai que ça faisait un peu abusé pour les gens qui voulaient s'éclater devant que de se retrouver coincé ou de pas oser bouger de peur d'abimer leur matos. Vu la recrudescence de photographes sur les concerts (pas que les nôtres hein, en général) il va falloir trouver des solutions pour que tout le monde soit content. Faire comme dans les gros quoi : shooter pendant les 2/3 premières et a la fin. Et le reste du temps laisser la place aux gens qui veulent s'éclater devant et ne pas être gênés. Et je dis ça alors qu'en plus j'ADORE les photographes qui sont venus, ça nous est bien utile, ils sont charmants, ils font ça pour pas un rond, ils payent même leurs entrées les 3/4 du temps etc. etc. Mais bon voilà il faut que ça soit cool pour tout le monde. Bref, pour la peine on invite "Seventies Dave", un wasteman dans l'âme, à chanter "Go Fuck Yourself" au prochain concert de Grenoble. Promis, juré, craché. 'Y a plein de gens qui le trouvent casse-couilles. Bon c'est vrai qu'il a un caractère hein (surtout pendant les concerts ...) mais moi je l'aime bien. Pourtant on s'est connu en se foutant des beignes lors du premier concert de Firecrackers où, après s'être d'abord fritté avec mon père il avait insulté ma mère au bar, ce que je ne pouvais décemment laisser impuni. Mais le lendemain on était copains comme cochon dans feu son incroyable boutique "Seventies Influences". Un shop qui me manque bien d'ailleurs. Mais foin de la nostalgie ! Vivement le prochain concert ! Merci à Cyril pour les vidéos et la photo. Lui aussi ça faisait plaisir de le revoir ! |
12 févr. 2011
Eh ben voilà
![]() |
| Voilà, le
deuxième disque de JOSE AND THE WASTEMEN existe "en vrai". J'ai le CD
dans la main. Normal en même temps, puisque c'est moi qui le fabrique à
la main (pochette, inserts etc.). Le vinyle arrive bientôt et j'espère qu'il sera aussi chouette. Je ne sais pas ce que ça donnera, je m'en fous un peu. J'en suis content et c'est déjà ça. J'aimerais bien qu'il y ait un maximum de gens qui kiffent la wallah dessus. Mais bon, le label n'a pas assez d'argent pour en faire la (vraie grosse) promo. Normal puisque vivant des disques, le label n'a plus de sources de revenus (au cas ou vous ne le sauriez pas plus personne n'achète de disque; ah si votre tatan Josianne ? Je ne savais pas). Ben voilà quoi. C'était vachement bien à faire. C'est allé vite, Lam Son a été parfait, on a fait plein de grattes électriques, les invités étaient au top (Lull, Dude & Nadj au studio, Jeff Nolan et Zip respectivement en FLoride et en Australie). J'ai bu plein de café (alors que j'ai plus droit qu'au déca, mais le dites à personne hein), Alex nous a fait une super pochette. Espérons que le bouche-à-oreille prenne, il ne nous reste que ça. Ci-dessous trois titres (sur les six du disque) à écouter. |
28 janv. 2011
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