28 févr. 2015

1916, deuxième projection

A9A6 maison musique meylan tama imperial star 1974

1916 maison de la musique meylan

1916 epiphone gibson explorer dulcimer scarlette focursrite

1916 vox AC4TV

1916 vox AC30 custom classic

1916 meylan tama imperial star 1974
1916 jull meylan

1916 meylan jull sebdos tolstoi

1916 meylan ww1 jull

1916 jull voxAC4

danelectro danopro 1916
La deuxième représentation de "1916" a donc eu lieu le 13 novembre 2014 à la Maison de la Musqiue de Meylan.
Cette fois-ci je n'étais pas seul puisque Jull est venu chanter/réciter les textes en direct. Nous en avons profité pour poser un nouveau texte (de Nietzsche) sur le tableau 6, intitulé '"La flèche".
La configuration était fort différente de celle de la première représentation. Cette fois-ci les gens n'étaient pas confortablement allongés au sol pour une expérience totalement immersive, mais installés tout traditionnellement dans de beaux fauteuils rouges.
Nous avons eu toute la matinée pour peaufiner les réglages audio et vidéo. Après un filage en début d'après -midi nous avons donné une représentation pour des élèves de classe de quantième. J'ai été éberlué par leur attention totale pendant la représentation, qui a été suivie par un moment d'échange aussi riche que long. Nous avons abordé les aspects historiques, littéraires, artistiques, techniques, musicaux. C'était vraiment un très bon moment de partage et d'échanges.
La représentation publique du soir s'est bien passée, même si le projecteur vidéo nous a fait des frayeurs cinq minutes (évidemment) avant l'ouverture des portes au public. Heureusement que l'ami Martin Larat-Lini était là comme régisseur improvisé (mais ô combien efficace) pendant toute la journée et toute la soirée. Limite en panique la veille (car je voulais vraiment que tout soit aux petits oignons) je lui avais demandé si il voulait bien venir m'épauler, et sans lui je crois que cela aurait été très difficile.
L'équipe de la Maison de la Musique nous a accueillis comme des princes et a été attentionnée et motivée de bout en bout (la promotion qu'ils avaient fait pour le spectacle en faisait déjà largement preuve).
Depuis lors, j'ai tout mise en oeuvre pour essayer de faire en sorte que le spectacle puisse être présenté en 2016 et au-delà de façon plus professionnelle, avec 5 musiciens (ce qui était le projet initial), et promu par une structure qui le défende.
C'est donc avec plaisir que je peux vous annoncer que le projet est soutenu désormais par PMI (Pôle Musical d'Innovation). En espérant maintenant que leurs démarches trouvent un écho favorable auprès des diffuseurs qui seront démarchés !
Si jamais vous connaissez des pistes éventuelles, contactez-moi sur 1916(AT)sebdos.com

Cadeau : l'audio (trop compressé par bandcamp, je n'y peux rien ;-) du thème 6 ("La flèche") est à l'écoute et au télécchargement gratuit sur bandcamp.
Vous pouvez nous aider avec un don (optionnel) en échange du téléchargement de ce titre, croyez-moi, il sera utilisé à bon escient car il nous reste beaucoup de travail (et de dépenses) pour présenter la version complète !

14 janv. 2015

L'eau à la bouche

Ce n'est pas tous les jours qu'on se retrouve allongé entouré par deux femmes bien décidées à s'occuper de vous. Au départ j'étais super gêné et angoissé, normal. Alors elles m'ont proposé de la drogue.
J'ai dit oui.
C'est clairement la plus mure des deux qui menait les débats, et je l'ai laissé me piquer, pendant que sa collègue plus jeune et toute en rondeurs se plaquait contre moi pour me tenir fermement. J'avais tellement l'eau à la bouche que j'ai failli m'étrangler plusieurs fois. Tout était si intense que j'avais peine à reprendre ma respiration.
Elles voulaient, je cite, "en faire un maximum" pendant l'heure qu'elles avaient à m'accorder, et elles ne s'en sont pas privé, à leur grande satisfaction.
Toutes sortes d'accessoires y sont passés : j'étais surpris, parfois presque horrifié devant leurs élans, mais je me suis finalement laissé faire de bout en bout. Elles m'encourageaient à rester un homme, un vrai. Pour éviter l'évanouissement suscité par autant d'ardeurs et d'émotions, je restai le corps tendu en permanence, avec la vision floue de leurs visages se pressant au dessus de moi, leurs cheveux mêlés s'agitant sans cesse. Quant tout cela a pris fin, j'étais au-delà du soulagement. Rincé, sans plus aucune force.
Elles étaient satisfaites et contentes de me voir reprendre pied après cette folle expérience. Et elles ne m'ont pas donné un rendez-vous pour se revoir, mais trois.

Elles. Ma dentiste et son assistante.

28 déc. 2014

PSYCHO BURRITO, Saison 1 épisode 4

vaporizer fender chicago chopin theatre
--- photo : aftershow au Chopin Theatre, Chicago.
 Les épisode précédents : épisode 1, épisode 2, épisode 3

Quel con je fais : depuis le début j’ai fait en sorte que les autorités ne sachent pas qu’on existe en tant que musiciens, ils aiment pas qu’on vienne leur piquer leur boulot les ricains ; et même si c’est un « boulot » sous payé, pour eux c’est le même tarif. Pour dire, j’ai carrément atterri à Chicago sans même un médiator dans la poche, et j’ai tanné les gars pour qu’ils s’alignent sur cette politique de la taupe interlope qui avance masquée et déguisée en autruche.
Et là, comme un con, c’est moi qui lâche le morceau.
Tout comme le seul gros con qui est finalement parti vadrouiller sans ses papiers et sans son téléphone, eh beh c’est moi.
Alors que à chaque fois qu’on bougeait quelque part je serinais les gars « c’est bon les gars vous avez vos papiers ? Votre téléphone ? ».
Bref.
Retour sur mon champion en uniforme : je dois détendre l’atmosphère tout de suite, surtout qu’il est en train de me poser toute une chiée de questions sur d’où on vient, où on va, la totale. A un moment il me demande où l’on a atterri et chez qui l’on est hébergé.
Ça me donne le déclic, et je tente le tout pour le tout :
« - Oh on a atterri chez notre copain Alex, c’est un Français, et maintenant il est marié à une américaine, on vient juste jouer avec lui pour faire la fête hein , trois fois rien hein ahahaah tranquille monsieur. Peut-être que vous connaissez sa femme d’ailleurs ? C’est Danielle Colby de l’émission American Picker ».
Comme ça en passant. Hop.
Je sais que American Picker passe à Chicago, qu’elle y est assez populaire, on a eu l’occasion de s’en rendre compte, mais je n’ai aucune idée de l’audience qu’elle peut avoir ailleurs.
jose wastemen chicago niko
--- photo : un matin (ou une fin de soirée) comme un autre avec Niko. Batteur, évidemment.

J’avais quand même retrenu que Felix l’a déjà vue au Québec. Donc bon, j’ai des chances, et j’ai vite fait de découvrir sa popularité ici : le flic ouvre une bouche à avaler trois essaims d’abeilles en même temps.
« - OoooooMaaaaaGaaaAAAD’ !!! OMAGAD ! » (bon en fait ils disent Oh My God, mais OMAGAD je trouve ça mieux).
« I love Danielle ! »
Putain ! Alex est juste à côté il est sorti fumer aussi, je le chope direct :
« - True true ! See Alex is here, it’s her husband ! »
- OMAGAD !!! »
- Vas-y Alex montre lui des photos de toi et Danielle ».
Alex en a environ 8000. Il s’exécute dans la bonne humeur.
Alex est toujours de bonne humeur.
Le flic est comme un guedin, il dégaine son téléphone et commence à faire des selfies avec Alex, le mari de son idôle de la télévision. Plus improbable tu meurs. Alex, mon pote de Saint-Blaise du Buis (3.8. représente), adulé comme une star par un flic de l’Indiana qui est à la limite de la catalepsie.
En tous cas le tour est joué, le fait qu’on soit musiciens ou pas, il s’en cague comme de son premier donut : il est content. On papote avec lui, il est tout détendu, il nous montre son badge, on se fait des photos, on est copain comme cochon. Niko est mort de rire et joue le jeu.
Niko est toujours mort de rire.
Après quelques accolades de bon aloi, on repart.
Ah mais où au fait ?
wastemen highway 65 waffle house
--- Waffle House sur Highway 65. Pire restaurant de tous les temps. Haut la main.

- Pardon ? »
- Euh bein ouais en fait on a tout posé là bas avant de venir te rechercher à Brownsburg »
- Ouais mais après on va où ? »
- Bein on dort là bas nos affaire son déjà dedans chez lui »
- Nan mais les mecs vous êtes cramés ! Je mets pas les pieds là-dedans c’est un fou furieux si je le vois je le tue !! Putain mais ça craint ! Mais vous aussi quoi merde rentrez pas la dedans !
- Nan mais ça a l’air cool ya sa femme et tout !»
- Cool ? Ouais bon bein vous faites comme vous voulez moi je fous pas les pieds là dedans il est taré j’te dis ! Putain merde j’ai du me jeter de son van, et quand vous l’avez croisé il a fait l’air de rien ! J’aurai pu crever merde !
- Ouais mais bon bein -euh mais bon euh …
- Ouais bon bein on va là bas si il y a tout le matos hein… pas le choix. Mais moi je fous pas les pieds dedans, je dors dans un champ si il faut !
- Beiiiin y’a le van des Hangdog Hearts. »
- Beh si il est ouvert voilà, je dors dedans. ».
jose and the wastemenjeff nolan
--- photo : Jeff Nolan sur scène avec nous à Nashville (dans le récit, c'est ce soir).

Nous voilà arrivé. Une grande maison dans une zone pavillonnaire de campagne.
Le putain de pickup blanc est là. Le van de Hangdog Hearts aussi, et il est ouvert. Niko et Felix décident de venir passer ce qu’il reste de nuit avec moi. Alex et Soda vont à l’intérieur.
On se souhaite bonne nuit, et je leur rabâche de bien faire gaffe.
Moins de quatre heures après, sur le coup des 9h00 du matin, le soleil tape dur sur le camion, qui a été récemment repeint en noir. Je dessèche littéralement sur ma couchette, et il n’y a pas le moindre souffle d’air pour venir me sauver. Sec, sec, sec. Comme dirait Ludo Boudou « si jamais je jouis, j’vais éjaculer en poudre ».
J’me sens comme une bouze de dromadaire, à midi en plein Sahara.
Un pack de petites bouteilles d’eau, posé en bas, me fait de l’oeil. Je descends tant bien que mal me prendre une bouteille, et en jette rapidement une à Niko qui est en train de gémir, et j’ouvre les fenêtres dans le vain espoir de faire passer un peu d’air.
Vain, l’espoir, en effet.
Me faut de l’air. J’ouvre la porte du van pour m’asseoir sur le marchepied, il fait un soleil de plomb, et entre le réveil d’hier, la route d’hier, le concert d’hier, les aventures d’hier et de la nuit, je suis vraiment naze, au dernier degré. Naze complet.
La porte de la maison s’ouvre.
Psycho Burrito en personne.
Merde.
« Putain Niko descends, descends il est là !"
jose wastemen USA truck
--- Au fond, le pickup de l'angoisse. Au premier plan le van de Hangdog Hearts. Tout autour, il fait 45 degrés.

Niko se jette de sa couchette et vient s’asseoir à côté de moi. On n’en mène pas large. Psycho Burrito est en débardeur du dimanche, short, tongs et lunettes noires. Mais il est toujours aussi cuivré et balaise.
« Hi guys ! Had a good night ? Why didn’t you get inside to sleep ? It’s fresh ! I got AC and all you need ! » et il me tape sur l’épaule en souriant.
Je cherche machinalement un clope, que me tend rapidement Niko. Il me connaît bien Niko.
Je l’allume, je dis rien. Psycho Burrito fait le tour du camion pour aller ouvrir son garage, qui laisse entrevoir plusieurs Harley Davidson, un écran télé d’environ 12 mètres de large, de grands sabres, et des canapés en cuir XXXXL, entre autres choses. Son putain de garage est plus grand et mieux fourni que mon appart.
Je me lève, je scanne les alentours. Je me dirige vers le champ à l’arrière du garage pour essayer de retrouver mes esprits et comprendre ce qu’il se passe. J’entends Psycho Burrito arriver à côté de moi.
« You did a great show last night ! But you know what ? I lost all the merch I bought you ! »
Je tire une latte, je cherche Nico du regard derrière mes lunettes de soleil, il est pas loin derrière nous. Je me redirige vers le camion. Je suis sûrement en train de dormir et je rêve (ou je cauchemarde).
« Oh and you know what ?!? I got busted by the cops when I came back, because I drove too fast ».
Putain tu te fous de ma gueule ou quoi ?
Tu te rappelles que tu m’as acheté du merch. Tu l’as perdu. Tu te souviens t’être fait arrêter par les flics parce que tu conduisais trop vite (sans blagues ?) en revenant chez toi.
Mais le fait que j’aie essayer de t’étrangler, que j’aie du sauter de ton pickup en marche, que tu m’aies laissé seul comme une merde dans un ravin ça te dit rien ? Que t’aies dit que tu savais pas où j’étais quand les autres t’ont retrouvé ça te dit rien ?!?!
Niko lit dans mes pensées, il en a les mâchoires qui se décrochent.
Le mec nous parle comme si rien ne s’était passé.
Soit il est très bon acteur, soit il a la mémoire sélective, soit il est taré, soit il est/était sous drogues. Soit tout ça cumulé.
« But well I know them well, so I was fine I did not even get a ticket. »
Je tente un vague « Mmmmmm… mmmmm… » qui me sert surtout de soupape de sécurité, car je bouillonne comme il faut.
Ceci dit entre sa carrure, ses sabres, ses guns dans son pickup, et ce qu’il doit y avoir dans sa maison, j’aime autant ne pas la ramener.
Attendons patiemment en restant sur nos gardes.
« Well guys, I gotta go to the drugstore, few things to get there. See you later ! We could call all of my friends and make a huge party and diner then ! »
Et il se barre faire ses courses.
jose wastemen usa canada tour 2014
--- photo : petit matin à Chicago. On est bien.
On se regarde avec Niko : c’est quoi ce bordel ?!?
On décide d’aller rapidement faire un tour dans la baraque. Elle est immense, du dernier cri, et il y fait facilement 25 degrés de moins que dehors. Les américains sont littéralement malades de la climatisation. En plein été, on a dû mettre un gilet ET une veste à chaque fois que l’on rentrait dans un magasin ou un restaurant. Ca n’empêche pas Alex et Soda de comater confortablement dans le salon, dans de grands canapés avec de grands coussins.
Je cherche rapidement la douche dans cette maison luxueuse qui n’a pas vu le moindre grain de poussière depuis sa création.
Je peux me passer de bouffe, de clopes, de café, de tout ce que tu veux, mais en tournée, si j’ai pas ma douche le matin, je ne fonctionne pas correctement, ça m’est vraiment vital. Même si y a juste un lavabo pour faire une toilette de chat hein. Là pour le coup, c’est baignoire de luxe, mais je ne m’y attarde pas.
Une fois –vite- fait je retourne au camion. Psycho Burrito revient. Je me cache sur ma couchette, pas envie de le recroiser, seul qui plus est. Un gamin sort de la baraque. Il s’avérera qu’il en a deux, ainsi qu’une femme qu’on croirait tout droit sorti d’un catalogue de bombes atomiques. Ça me rassure : moins de risque de grabuge avec femmes et enfants dans le secteur.
Attendre que les gars sortent tous me semble une éternité. Imaginez un peu si on était cinq meufs sur la route : les épisodes salle de bain cumulés nous feraient prendre 5 heures de retard chaque jour. Allez y les filles huez, huez derrière votre écran. Smiley.
Voilà enfin les Wastemen et Soda (relativement) frais et pimpants. Ils ont décliné l’invitation de Psycho Burrito en lui expliquant que ce soir, on doit être à Nashville, et que t’es bien gentil bonhomme, ça fait quand-même une bonne petite trotte à travers l’Indiana, le Kentucky et le Tennessee.
On repart dans notre Dodge, pendant que Psycho Burrito, son père fraîchement débarqué et un des fils nous font de grands signes de la main. Psycho est toujours aussi jovial. Troublant.
On sort du lotissement, et Alex, Felix et Nico en ont une bien bonne à me raconter. Pendant que j’étais à les attendre, Psycho Burrito les a emmenés dans une pièce de la maison, qui s’est avérée être un véritable arsenal de guerre. Environ 25 pistolets, fusils, fusils d’assaut, fusils mitrailleurs, bien rangés et bien lustrés, que notre hôte a pris soin de leur montrer en long, en
large et en travers.
Incluant un petit pistolet « de sac à main » pour madame.
Rose, évidemment. Comme c’est touchant…
Niko lui a demandé ce qu’il pouvait bien faire d’autant d’armes. Le gars lui a répondu que, bein tiens, c’est pour se défendre, on ne sait jamais ! Faudrait déjà qu’il s’achète surtout 12 paires de bras pour tout tenir, mais bon. L’épisode ne les a guère motivé (pour peu qu’il le fussent déjà) à rester plus longtemps ici .

Et nous voilà en route pour Nashville. Ce soir on va jouer avec Jeff Nolan, un des guitaristes héros de mon adolescence : il a joué dans I Love You, Screaming Trees et Scott Weiland’s Magnificent Bastards, et c’est lui qui pose le solo sur notre « Go Fuck Yourself ». Qui sera bien sur ce soir dédicadé à qui vous savez. Bref, Jeff a gentiment fait le déplacement depuis
Orlando avec sa femme Erin pour nous rencontrer, jouer avec nous et s’amuser.
Et même si je ne le sais pas encore pendant que je roule sous un soleil de plomb au milieu des champs de maïs de l’Indiana, c’est bien ce qui va se passer ce soir, comme tous les autres soirs de cette tournée : on va s’amuser entre potes, rencontrer des gens incroyables, jouer dans des endroits terribles, avoir des fous rires à s’en faire mal au ventre, vivre musique à 200%, et se pincer toutes les 10 secondes en se demandant si on n’est pas dans un rêve.
Et je vais personnellement le vivre d’autant mieux que l’épisode d’hier soir, qui aurait pu tourner en cauchemar, me remplit finalement d’un sentiment aussi puissant que simple : je suis en vie.
Et la vie, c’est hyper cool.


La vidéo ci-dessous est faite avec des images tournées par Alex, Felix et Niko pendant ce périple aux USA et au Canada. Le titre est téléchargeable gratuitement ici (il suffit de rentrer "0" quand on vous demande le prix).

20 nov. 2014

PSYCHO BURRITO, Saison 1 épisode 3

wastemen john deere molines illinois
--- photo : on fait les malins au siège de John Deere, à Molines, Illinois, après le concert au  RozzTox de Rock Island. Et sinon, si t'as pas lu les épisode précédents : Episode 1 et Episode 2.


J’entends un moteur au loin. Je saute pour essayer de trouver des lumières de phares. Là-bas, à l’est. C’est pas sur ma route, ça doit être un croisement : je cours. De plus en plus vite, comme un taré. Merde ma cuisse me fait putain de mal. Cours cours cours cours cours !
Le moteur se rapproche, c’est un camion, ou un bus, ses phares découpent le maïs et la nuit, il va arriver là-bas, il y a bien un croisement. Cours cours cours cours putain de merde faut que j’arrête de fumer cours cours cours j’en chie cours cours j’en CHIE PUTAIN J’EN CHIE !
Je me fous au milieu du carrefour, et reprends ma respiration comme je peux, courbé, le tronc en avant, les mains sur les genoux ; je suis limite en train de tomber dans les pommes. C’est un camion, il est à 100 mètres. Ses phares m’aveuglent, je lève les bras et fais de grands signes en sa direction, mais il n’a pas l’air de vouloir ralentir. Il me fait des appels de phares, puis klaxonne, de plus en plus rapproché. IL est clair qu’il n’a pas envie de s’arrêter. Je le devine en train d’essayer me m’éviter par ma droite. Non mon pote tu passeras pas !
Je me décale sur ma droite. Il est plein phares, il klaxonne sans s’arrêter putain il est proche proche proche je continue de balancer les bras en l’air ARRETE TOI PUTAIN CONNARD !
Il me pile devant.  Comme dans les films, genre à un mètre de ma gueule.
Plus de klaxon, juste le bruit du moteur en marche ; dont je sens la chaleur réconfortante tout près de moi. Pour un peu, j’embrasserais la carrosserie. Je m’aperçois que j’ai même pas eu peur. Il allait pas m’écraser non ? Je recule un peu avant de me diriger vers sa cabine.
Erreur.
wastemen nashville beer bar
--- photo : le programme du lundi "off" à Nashville, Tennessee.

« - YOU FUCKIN FUCK !! WHAT THE HELL YADOIN’ ?!? FREEZE NOW FREEZE MOTHERFUCKER !!! »
Ouh putain « Freeze », comme dans les films ! Okay mec je bouge pas, et je fous carrément les bras en l’air.
Bienvenu au Far Middle West.
« -WHAT THE FUCK ARE YOU DOIN ?!?? »
- W-w-w-well I’m l-l-l-l-lost I had to …
- TURN AROUND TURN AROUND HAVE YOU GOT ANY GUNS ?!? »
Ouh putain il est tendax. Oh merde, mes yeux s’habituent à la lumière des phares, le mec a sorti le tronc par la fenêtre et il est en train de me pointer avec ce qui ressemble fort à un calibre de type « chie dans ton froc ».
Je serre les fesses, et dans un même mouvement savant, je tourne sur moi-même tout douuuuuuucement :
« - Nononononono come on I AIN’T GOT NO GUNS ! I AIN’T GOT NOTHING ! LOOK !
- WHAT THE FUCK YOU DOIN’ HERE ???!? »
- Well I I I I I ’m french, my b-b-b-b-band and nnnnnn-nn I p-p-p-played in Browsnsburg but the guy who d-d-d-d-drove me afterwards was n-n-n-n-nnuts and I had to j-j-j-jump out off his p-p-p-p-p-pick up, now I’m l-l-l-l-llost and I got nothing with me ! ».
Pendant le long silence qui suit,  je me rends compte que suis encore sous le choc de tout ce merdier, à tel point que j’ai du mal à parler distinctement sans bégayer. Ça ne doit pas arranger mon affaire et mon crédit auprès de Super-Trucker.
« - WHAT THE FUCK IS THAT SHIT ?! ARE YOU FUCKIN’ KIDDIN ME ?! FUCKIN’ FAIRY TALE MAN ! »
- Nonononononononono p-p-p-please come on I j-j-j-j-jjust look for a l-l-l-llift to Brownsburg, or a-a-a-anywhere else where I can f-f-f-f-find humans and give a c-c-c-c-call or anything please !
- HAVE YOU GOT ANY MONEY ? »
Merde mec, c’est quoi le rapport ? Il veut me plumer ici ?
En joignant le geste  à la parole, je retourne mes poches pour lui signaler que
« - NO I ain’t go n-n-n-n-nothing it’s all in our v-v-v-van ! »
et je pousse le zèle jusqu’à essayer de retourner la poche-ticket (la petite, à droite, bein ouais les gars ça s’appelle la poche-ticket). Miracle : un bifton de 20 dollars plié en quatre tombe sur la chaussée.
« -Wait wait  wait !!!! I had that I d-d-d-did not even know !!»
- HOW MUCH YOU GOT ? »
Putain c’est quoi ce film ?
- 20 b-b-b-bucks ».
- … OKAY GIMME YOUR TWENTY BUCKS AND I DRIVE YOU TO BROWNSBURG. IT’S ON MY WAY. GOTTA PARK MY TRUCK HERE FOR THE NIGHT ».
Putain enculé, je te filerais pas les 20 boules tu me laisserais là ?! En plus c’est sur ta route ! Ah okay.
T’as un gun.
On discute pas.
Mais au moins, par pitié arrête de brailler comme un putois.

wastemen highway steak and shake
--- Niko a piqué le chapeau de Felix, en route pour le Canada.

Il me fait signe de monter. Je grimpe et m’installe sur le siège, le mec est super tendax.
« - I will give you one good piece of advice, man : don’t try to fuck around with me. Am I clear ? »
- O-k-k-k-kay. Sure. Just wanna b-b-b-be in Brownsburg. ».
On roule, je m’aperçois que j’ai les mains qui tremblent, j’essaye de reprendre une respiration normale, mais ça daube vraiment fort là-dedans ; Super-Trucker n’a pas du voir une douche depuis un bon moment. Panneau de signalisation « Brownsburg ».
Ouf.
Le mec tourne à gauche.
Pas ouf.
« - Mmmmm sorry aren’t you g-g-goin to Brownsburg ? »
« - NO I gotta park my truck not so far, my wife will come and pick us up with our car ».
Bon. Il gare son engin dans une zone désaffectée, et sa femme arrive comme prévue. Mal réveillée, les cheveux en vrac, elle est recouverte d’énormes boutons, et daube autant que son mari. Qui, à la lumière froide du parking, apparaît finalement lui aussi très défraîchi. S’ils sont pas alcooliques, ils prennent de la dope.
Elle marmonne quelques questions inaudibles, auxquels son mari répond systématiquement en braillant. Je ne moufte pas. On rentre finalement dans leur voiture qui exhale un inénarrable parfum de chien mouillé, de sueur, de cigarette froide et de vieux simili-skaï.
« - So, where do we drop you in Brownsburg ? »
- Mmmmmm well the v-v-venue erm … uhhhhh »
Putain. Le blanc. Aucune idée du nom de la salle. Je rappelle qu’elle n’était pas au routing initial, ça s’est fait il y a deux jours.
« - The … the p-p-place where there are live g-g-g-gigs, two big rooms, one you can s-s-s-smoke in, and a great t-t-t-terrasse in the backyard ».
- Man, I park my truck here but we don’t live in Brownsburg, I got no idea ».
Merde. Merde merde merde.
« - MMmm it’s d-d-d-downtown, just t-t-take the main street and I’ll tell you »
Mais en fait je n’en ai aucune idée. On roule, on tourne, et Super Trucker perd patience.
« - I had enough road these days, I won’t drive for hours, find the fuckin’ place or I’ll drop you anywhere ».
Vu le ton y a rien à négocier, faut trouver une solution dans la seconde.
« -Yeah sorry, I …. I dunno, just don’t drop me there. Take me to the cops, it’s always open right ? And maybe my friends would be there waiting for me ? »
- To the cops, man ? Are you sure ? You ain’t got ID, nothing »
- No choice, d-d-drop me there ».
jose and the wastemen brownsburg stone's throw
--- photo : Alex procède au ravitaillement avant le concert de Nashville.

On suit les panneaux d’indications du poste. Je prépare mentalement la litanie incroyable, au sens propre, que je vais devoir présenter aux flics.
Il se gare sur le parking. Miracle : la salle est juste derrière.
Je mate l’enseigne : elle s’appelle donc « A Stone’s Throw ».
A un jet de pierre.
Aussi bien c’est encore ouvert. A Rock Island on est resté dans un bar jusqu’à 4 heures après le concert, hier à Louisville on a du finir dans ces eaux là. Ca dépend des Etats, et vu qu’ici on peut fumer dedans, aussi bien il y a encore des êtres humains, et la chance de voir passer les autres parce qu’ils vont bien repasser là à un moment ou un autre.
Et miracle dans le miracle : je vois notre Dodge avec tous les zozos à l’intérieur arriver juste devant. Je leur fais signe, ils sortent et me gueulent dessus.
« - Putain mais t’étais où t’avais pas autre chose à faire que d’aller boire des coups putain on a flippé notre race tu fais chier putain !!!! »
En plusieurs fois, j’essaye de leur expliquer que je ne sors pas du bar, mais de la bagnole de Super Trucker, et tout ce que je viens de vous narrer, par saccades, dans le désordre.
Je m’aperçois que le choc est pas passé, ils s’en rendent compte rapidement je crois. Le pauvre Félix, qui fait sa première tournée avec nous, et sa première tournée tout court, se demande avec quel taré il s’est embarqué. Je devines sur son visage un mélange tout à fait pur de stupéfaction et d’inquiétudes diverses.
Mais non les gars, j’ai pas fait la fermeture du bar. Promis, juré, craché. D’ailleurs vous m’avez bien vu monter dans le pickup de l’autre taré puisque après vous nous suiviez ?!
Oui, mais ils ont cru qu’il m’avait peut-être ramené en route, ou que je m’étais arrêté ailleurs fait la tawa ou etc. etc.
Non les mecs désolé je faisais pas VRAIMENT la tawa pendant tout ce temps. Ni la teuf’, ni la bringue, ni la bamboche.
Je leur demande où EUX sont allé. Et là, stupéfaction, ils sont bien arrivés… chez le gars, sur les indications téléphoniques d’Austin dont la copine conduisait notre Dodge (souvenez-vous, dans l’épisode 1). Et là-bas quand ils ne m’ont pas vu, ils lui ont demandé où j’étais. Ce à quoi le gars a répondu :
« - I don’t know. »
Et il est allé se coucher sans demander son reste.
I don’t know.
Surréaliste. Je bouillonne littéralement à l’intérieur, j’ai envie d’aller le tuer. Je demande aux autres comment ça se fait qu’il ait pu répondre ça. J’étais DANS son pickup putain, il peut pas dire qu’il sait pas où je suis. Il m’a au moins lâché quelque part. Les autres ne comprennent pas non plus.
jose and the wastemen brownsburg stone's throw show concert
--- Felix sort du Chicago Music Exchange avec 12 cordes en plus dans la besace.

J’ai faim, j’ai soif, j’ai envie d’un clope. On est trop content de se retrouver. Alex a un sourire qui illumine le ciel infini de l’Indiana. On décide de tous aller à un fast-food géant qui reste ouvert toute la nuit et qui se trouverait pas très loin. On pourra débriefer, et manger.
Je n’en reviens pas qu’on se soit retrouvé aussi facilement, finalement. Eux non plus. J’apprends petit à petit qu’à un moment de notre chevauchée fantastique avec celui que l’on appelle maintenant « Psycho Burrito », les gars derrière ont failli lui rentrer dedans bien comme il faut, mais pas moyen de savoir si c’était avant ou après que j’aie sauté. Puisqu’ils l’ont reperdu en route. Quoi qu’il en soit, je mange comme 15. Je suis vraiment content d’être en vie et je commence à rigoler un peu.
Je descends deux bières pour la forme et file fumer une clope dehors.
Il y a là un flic qui fait manifestement le planton toute la nuit, en cas de débordement.
Dois-je vous rappeler qu’ici on se trimballe armé ?
Pour je ne sais quelle raison il entame la conversation avec moi, et dans le fil de celle-ci, pour une raison qui m’échappe, je lâche que je suis musicien et qu’on a joué ce soir à Browsnburg, c’est cool, tout ça.
Oulah non pas cool.
Sa tête a changé.


La suite au prochain épisode...
jose wastemen hangdog hearts brownsburg indiana rock show
--- photo : on a tous enregistré notre single dans le Record Booth de Third Man Records. Là je me la pète avec mon exemplaire à Toronto le lendemain d'un concert (catastrophique) au Silver Dollar.
Pour en savoir plus, en entendre plus et en voir plus sur les fabuleux WASTEMEN c'est par ici.

Episode 1
Episode 2

3 oct. 2014

PSYCHO BURRITO, Saison 1 épisode 2

wastemen louisville samuel call me bronco
--- photo : c'était bien CE pickup. Photo prise le lendemain. Vous saurez pourquoi/comment dans l'épisode 3.
Pour l'épisode 1 : RDV ici.

Je reprends mon souffle. Je me tourne vers lui. Re-corps en avant. Secousse intense. Tout défile très vite.
J’essaye de reprendre mes esprits. Il roule comme un taré. Je me dis que ça doit être la suite du concours de quéquette. Genre « Ouais t’as vu , j’ai trois guns dans mon pickup, mais je roule vite aussi, je suis un homme ! ».
J’ai jamais compris ce genre de plan, pourtant très répandu chez les êtres humains pourvus de quéquette. Faut savoir vivre avec les mœurs locales, je ne me formalise pas trop, malgré la surprise. Je toussote juste un peu en ricanant bêtement.
 « - Erm .. hhhhh…. Goin’fast hhhhhhh fun hhhhhh… ermmmm…. »
En me tournant vers lui encore une fois.
Il est fixé sur la route. Accroché. Obnubilé.
Coup d’œil dans le rétro. Je ne vois plus la voiture des autres. Le bruit du moteur. Trop de bruit de moteur. Coup d’œil au compteur. 120. Cent vingt Miles. Calcul mental. 160 km/h.
Reprende ses esprits.
 « - Hey man that’s cool but you gottta slow down cause I can’t see the guys anymore and they have to follow you to go to your place.
- …  ».
Pas de réponse. Bruit du moteur.
Rétroviseur : rien.
« Hey please slow down they can’t know where to go if they lose us.
- … ».
Pas de réponse. Coup d’œil au compteur. 120 miles, toujours.
Finie la ville. Petites routes, champs de maïs. Crissements de pneus. Ca bouge, ca bouge beaucoup. 360 degrés.
Moteur ralentit. Repart à fond.
« - HEY WHAT THE FUCK MAN ?!? Slow down now this is dangerous !
- … »
Pas de réponse. Il fixe la route. Bras tendus. Pas un clignement de paupière. 120 miles.
Ça fait long.
« - YOU GOTTA SLOW DOWN NOW I GOTTA HAVE THE BOYS BEHIND I TOLD YOU ! »
wastemen louisville samuel call me bronco
--- photo : non évidemment je me suis pas amusé à prendre une photo. Je l'ai piqué (bouhhhhh) sur Internet.

Pas de réponse. 120 miles. Champs de maïs. Secousses. Tangue dans tous les sens. 120 miles, on valse. Je me cogne la tête à la vitre. J’ai du mal à déglutir. Je respire très vite.
« - STOP IT NOW STOP THAT SHIT AND SLOW DOWN I WANNA SEE THE GUYS YOU DRIVE LIKE CRAZY !!!
- … »
Pas de réponse. Il fixe la route. Bras tendus sur son volant. Pas d’expression sur le visage. J’hurle dans le vide.
« - STOP IT NOW MOTHERFUCKER I GOT A DAUGHTER !!! I GOT A DAUGHTER YOU’RE GONNA KILL BOTH OF US YOU FUCKIN’ BASTARD !!!!
- … »
Pas de réponse. On valse. 120 miles.
Je prends tout ce que j’ai dans les poumons
« - I GOT DAUGHTER !!!! I GOT A DAUGHTER !!!!!
- … »
Le fils de pute ne bronche pas. Je panique totalement. On va crever. Ça tangue putain de méchament.
Le paysage qui défile n’a aucun sens. Montée d’adrénaline.
A soulever une montagne.
wastemen highway steak and shake
--- photo : non évidemment je me suis pas amusé à me scanner le cerveau. Montage honteux réalisé par mes soins.
« - OKAY NOW STOP IT OR I’M GONNA KILL YOU ! I DON’T CARE CUSE YOU’RE GONNA KILL US ! YOU FUCKING BASTARD !! I’m GONNA CUT YOUR THROAT AND SHIT IN YOUR NECK WHEN THIS IS ALL OVER !!! 
- … »
Je joins le geste à la parole mais je n’ai ni couteau ni scie sauteuse sous la main. Lui il a 3 guns derrière.
J’empoigne son cou de bœuf sous hormones avec mes deux mains. Je serre pas tout de suite. Il va comprendre que là, ça suffit. Obligé. 
Quedalle. 120 miles toujours. Je serre un peu
« STOP THAT SHIT MAN I’M GONNA DO IT ! SLOW DOWN NOW ! LEAVE ME HERE I DON’T CARE !!!! 
- … »
Le bâtard fixe la route. Bras tendus. 120 miles. Le cul du pick up part encore une fois dangereusement dans un virage. Crissement de pneus. J’vais crever.
Putain, j’vais crever. J’vais crever ? J’vais crever. J’vais crever.
Je serre de toutes mes forces. Son cou dur comme de l’acier. Il bronche pas. Peur qu’il m’envoie un coup de poing dans le pif. Je fais pas le poids. Il a 3 guns derrière. Je serre. Je serre. J’hurle. Il bronche pas. 100 miles. Je serre. J’hurle. 70 miles. J’hurle. Ses bras tendus. 30 miles. Il veut pas broncher. 20 miles.
Maintenant. Ou jamais. Ou son coup de poing ? Ses guns ? Coeur qui tape. Gorge sèche. Maintenant. Regarder le bas côté. Pas encore. Ses mains sur le volant. Maintenant. Peur. Le bas côté. Un ravin sous la lune. Maintenant. Peur.
Relâche mes mains. Ouvre la portière. Flash blancs. Hurler. Flash blancs. Peur. PEUR. PEUR.

Ma fille.

jose and the wastemen brownsburg stone's throw

Sauter.

Battements de mon cœur. Très fort. A faire mal. Je suis en vie. J’attends.
Attendre. Pas bouger. Pas de grosse douleur. Rien de cassé. Mal à la cuisse. Mal à la tête. Mais rien de cassé. Attendre quand-même. La nuit tout autour.
Je sais trop qu’on peut avoir un vilain truc et ne pas le sentir quand on a eu trop d’émotions. Et là j’ai eu mon lot. Je ne vois pas très bien.
Merde. Mes lunettes.
Et l’autre il est où ?
Je suis myope comme une taupe. Je me mets à genoux. Je suis au fond d’un bas-côté de route. L’herbe haute et des espèces de ronces m’ont amorties tant bien que mal. Et l’autre il est où ? Pas de bruit de moteur.
Je n’en reviens pas. Je n’ai rien de cassé. J’ai envie de pleurer de joie. Je pleure de joie. Ou de je ne sais quoi. Retrouver mes lunettes. Je remonte doucement le bas côté à genoux en tâtant tout ce que je peux avec les mains. Me voilà à hauteur de la route. Comme une taupe qui sort de son trou.
Plus de pickup. Plus rien. Juste la route, moi, et du maïs partout.
Je tâtonne. Entre l’angoisse d’avoir perdu mes lunettes (je ne vois vraiment rien à plus d’un mètre) et la joie de pas être blessé et de m’être échappé de ce gonze. Il allait où ? M’enculer dans un champ ? Juste nous tuer en caisse ? Rien à foutre, je veux mes lunettes. Je tâtonne à quatre pattes dans un silence absolu. Je n’entends que ma respiration. La face à 3 cm du sol. Je tâtonne. Mes lunettes.
PUTAIN MES LUNETTES !!!!
Je les sens au bout de mes doigts. Je repleure.
jose and the wastemen brownsburg stone's throw show concert
--- photo : non évidemment  etc. (et avec quoi d'ailleurs ?). Montage honteux réalisé par mes soins.
Désolé de décevoir mes plus grand(e)s fans : je suis une grosse chialeuse.
Vite-fait hein, poussez-pas, non plus : de joie.
Je chausse la monture. Vaguement tordue mais quasi rien. Le miracle. Double miracle : indemne, avec mes lunettes.
Rien ne peut m’arrêter je suis invincible.

Okay mon grand. T’es invincible si tu veux.
Rien ne peut t’arrêter, si tu veux, mais tu vas aller où, justement ? 
T’es paumé. Tout ce que t’as comme repère, c’est une belle lune. 
Du maïs partout. Une route déserte. Et mal à la cuisse.
Merde.

Ça caille. Je suis en débardeur. 
Merde.

Donc j’ai pas ma veste.
Elle est dans le Dodge.
Donc pas de portefeuille.
Pas de portable.
Pas de thunes.
Pas de papiers.
Pas de clope.

Rien.

Ma bite et mes lunettes dans un champ de maïs géant.

T’en voulais de l’aventure ? Bein voilà. T’en as. 
Silence. Froid. Cœur qui tape. Bras qui tremblent.

Parenthèse : juste avant et pendant que je sautais : au risque de vous décevoir (on m'a posé la question plusieurs fois) je n’ai pas du tout vu ma vie défiler, ou ce genre de trucs qu’on lit parfois dans les livres. Je ne dis pas ce que ça ne peut pas arriver hein, je signale juste qu’en ce qui me concerne, je n’ai vu que du mauve et du blanc qui faisaient des danses stroboscopiques zarbies. Basta. 
Si un jour je saute en parachute, qu’il refuse de s’ouvrir et qu’il ne se débloque qu’à 100 mètre du sol, in extremis, je vous dirai si jamais j’ai vu ma vie défiler. Là, non. Désolé.
jose wastemen hangdog hearts brownsburg indiana rock show
Retour sur la chaussée de l’Indiana.
Je me pèle le jonc. Et émotions ou pas, j’arrive à calculer que grosso merdo, on a fait 15 ou 20 bornes depuis Brownsburg. Il doit être 2 heures du matin. Et donc j’en ai pour 3 ou 4 heures de marche. Je regarde la lune : faut que je parte à l’ouest. Quand t’as passé une bonne partie de ta vie à la campagne, tu sais ces choses. 
Je marche. Pas de clopes, ça me fout le démon. Ceci dit, avec la tremblotte que je me tape, je suis pas sur de pouvoir la tenir sans l’échapper au bout de deux secondes. De temps à autre je rigole tout seul, à gorge déployée. De grands fou-rires. La seconde d’après je suis pris d’une forme de panique. Putain je vais pas marcher 3 heures en débardeur avec un froid pareil. Pas de lumière où que ce soit, même si on y voit très clair grâce à la lune.
Du maïs partout, pas un bruit, on est clairement loin de tout. Mais où sont les autres ? Ils ont vraiment été semés, sinon je les aurai recroisés. Ils vont bien se rendre compte que je suis pas arrivé chez le gars.

Quelqu’un va repasser c’est obligé. 
Je serre les poings dans mes poches.


La suite au prochain épisode ...
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